Lagerlof
Éditions : Babel - Traduction : du suédois par Marc de GOUVENAIN et Lena GRUMBACH
Titre original : En berrgardssagen - Nombre de pages : 150

4ème de couverture :
Loin de chez lui, Gunnar passe ses journées à jouer du violon au détriment de ses études. Lorsqu’il apprend que le domaine familial est en décrépitude, que sa mère est ruinée, il décide de rentrer, d’oublier sa musique et d’être enfin raisonnable. Confiant, le jeune héritier se met donc au travail en investissant leurs derniers sous dans l’élevage. Mais le troupeau est décimé par l’hiver. Impuissant, désespéré et honteux, Gunnar perd la raison.
Devenu colporteur, il sillonne la région avec son éternel violon tel un mendiant halluciné, jusqu’au jour où, effrayé par d’obscures visions, il se réfugie dans un cimetière...
Menant subtilement le lecteur entre naturalisme et fantastique, Selma Lagerlöf, une fois encore, surprend par la puissance de son écriture.

Selma Lagerlöf (1858-1940), prix Nobel de littérature en 1909, est sans conteste l'un des plus célèbres écrivains suédois. Son oeuvre est nourrie des légendes et de l'histoire de la région de Värmland, merveilleusement transposées par son imagination lyrique hors du commun. Parmi ses livres les plus fameux on peut citer La Saga de Costa Berling, et le texte qui lui valut sa renommée internationale : Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède.

Mon avis :
"Rien n'est plus sûr et certain que le fait que le soleil adore les esplanades dégagées qui s'étendent devant les petites églises de campagne. Y en aurait-il qui n'auraient pas remarqué qu'on ne voit jamais autant de soleil que durant l'office du dimanche devant une petite église toute blanche? Nulle part les rayons ne tissent un réseau aussi dense de lumière, nulle part l'air ne demeure dans une telle immobilité emprunte de respect. C'est comme si le soleil était là pour veiller à ce que les gens ne restent pas sur le parvis à discuter. Il tient à ce que tous soient docilement assis dans l'église pour écouter le sermon, et c'est pour cette raison qu'il inonde à profusion de ses rayons les murs de l'église." (Babel - p.37)
A Uppsala, l'étudiant Gunnar Hede préfère passer ses journées à jouer du violon plutôt qu'à se plonger dans ses livres jusqu'au jour où il apprend que sa famille est ruinée et que, pour survivre, il faudrait vendre le domaine familial. Mais, très attaché au domaine, Gunnar ne peut s'y résoudre et investit le peu qu'il lui reste dans l'achat d'un troupeau de chèvres. Lorsqu'un rude hiver détruit l'ensemble du troupeau, Gunnar sombre peu à peu dans la folie.
Plusieurs années plus tard, devenu colporteur, Gunnar a gagné suffisamment d'argent pour rembourser ses dettes mais sa folie ne lui permet pas de le comprendre et il continue "d'aller de ferme en ferme, imbécile et fou, n'ayant plus à l'esprit qu'il était quelqu'un de distingué." (Babel - p.28) jusqu'au jour où il s'arrête dans un cimetière et joue du violon devant la tombe d'une jeune fille...

C'est un peu par hasard que je suis tombée sur ce court roman de Selma Lagerlöf. Le libraire avait mis ce titre en avant sur son comptoir, la couverture m'a plu et, comme je me suis plus ou moins lancée le défi personnel de lire au moins un livre de chacun des prix Nobel de littérature, l'occasion m'a semblé bonne... Et le hasard dans ce cas a terriblement bien fait les choses parce que j'ai beaucoup aimé cette lecture qui peu à peu nous emmène aux portes du fantastique sans jamais perdre de vue la réalité. Et voilà qu'on se prête à croire aux contes de fées de notre enfance : que l'amour est plus fort que la folie (ou est-ce l'amour qui conduit à la folie ?), que la musique guérit tous les maux et qu'à la toute fin "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"...

Cela peut paraître bien niais raconté comme cela mais ce roman vaut vraiment le détour : il est court, l'écriture est très belle et l'histoire nous embarque dans les belles campagnes de Suède, que demander de plus ? Moi, j'ai été conquise et, assurément, je relirai cette auteur... ;-)

Morceau choisi :
"Dans le royaume de l'effroi, dans le grand désert, une fleur avait néanmoins poussé qui l'avait consolé de son parfum et de sa beauté. Maintenant, il sentait à quel point cet amour était durable. La plante sauvage du désert s'était laissé emmener dans l'éden de sa vie, où elle s'enracinait, poussait, s'épanouissait. Et quand il sentit cela il sut qu'il était sauvé, que l'obscurité avait trouvé son maître." (Babel - p.149)

Un conte à découvrir. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30