Bose
Éditions : Presses de la cité - Traduction : de l'anglais (Inde) par Sylvie SCHNEITER
Titre original : My Kind of Girl - Nombre de pages : 163

4ème de couverture :
Par une froide nuit de décembre, quatre voyageurs d'un certain âge – un entrepreneur, un fonctionnaire, un médecin et un écrivain – sont bloqués à la suite du déraillement d'un convoi de marchandises dans la gare d'une petite ville du coeur de l'Inde, à proximité d'Agra. Ils ont fait la première partie du voyage dans lBuddhadevBosee même compartiment, aussi décident-ils de se tenir compagnie jusqu'au matin. Alors qu'ils boivent un café, un couple apparaît quelques instants à la porte de la salle d'attente. Émus par l'amour évident qui lie les jeunes mariés, ces hommes, qui ont du temps à tuer, en viennent aux confidences. Tour à tour, chacun va évoquer l'histoire d'amour qui l'a marqué à tout jamais.

Figure éminente du mouvement moderniste du Bengale, Buddhadeva Bose (1908-1974) a écrit de nombreux romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais, ainsi que des recueils de poèmes. Il a également traduit Baudelaire, Hölderlin et Rilke en bengali. La Fille de nos rêves, roman considéré comme un grand classique de la littérature bengalie, a été publié en 1951.

Mon avis :
"Par une nuit glaciale de décembre, quatre voyageurs patientaient en silence dans la salle d'attente de première classe de la gare de Tundla. Ils avaient beau être couverts de pied en cap, dissimulés par leur pardessus, la pièce avait beau être mal éclairée, dépouillée, construite et décorée selon les normes des Chemins de fer, on devinait que, très différents, ils ne venaient pas des mêmes strates de la société et étaient réunis là par le plus grand des hasards." (Presses de la cité - p.7)

Suite au déraillement d'un convoi de marchandises, quatre quinquagénaires doivent passer la nuit dans le hall d'une gare à attendre l'arrivée de leur train. Ils s'apprêtent à passer une nuit inconfortable lorsqu'un jeune couple ouvre la porte de la salle d'attente. Intimidés, les jeunes mariés se retirent très vite mais la vue du couple réveille la mémoire des quatre hommes. "Ce couple, qui n'était apparu à la porte qu'une fraction de seconde avant de disparaître, avait laissé quelque chose dans son sillage. On eût dit que l'oiseau de la jeunesse avait perdu quelques plumes en vol : un signe, une chaleur, un plaisir, une tristesse ou un frémissement qui refusait de se dissiper, qui, quoi que ce fût, permettrait aux quatre voyageurs - même s'ils ne l'évoquaient pas, même s'ils le gardaient pour eux - de survivre à cette horrible nuit." (Presses de la cité - p.15-16)
Danseuse-indienne-de-KuchipudiPour passer le temps, ils décident de raconter chacun leur tour l'histoire d'amour qui les a le plus marqués.
Le premier à se lancer est un entrepreneur de Delhi qui raconte comment un de ses amis s'est épris sans le savoir d'une jeune voisine pauvre. Cet ami, qui ressemble étrangement au narrateur - au point qu'on peut réellement se demander s'il ne cache pas sa propre histoire derrière celle d'un hypothétique ami - s'était vu refusé la main de la jeune fille par son père. Découragé, il guêtra en vain un regard de la belle durant des années...
La deuxième histoire est racontée par un fonctionnaire : il s'agit de l'amour platonique qu'il a entretenu avec une femme durant toute sa vie. Bien que marié et père de famille, il ne peut oublier cet amour de jeunesse et, à chaque fois qu'il croise la femme qui a hanté ses nuits quand il était jeune homme, il se souvient de la saveur du véritable amour...
L'histoire du troisième homme est plus heureuse, plus légère aussi car ce médecin ne fait que relater son propre mariage avec la femme qu'il aime.
Pour finir, un écrivain, dernier narrateur de cette nuit mémorable, se lance dans le récit très poétique de trois amis tombés amoureux de la même femme. Bien entendu, trois hommes pour une seule femme, cela ne peut pas bien se terminer...

Tout d'abord, ne vous laissez pas berner par cette couverture hideuse (non, mais quelle idée d'avoir choisi un rose aussi pétard !!) car ce livre n'est absolument pas parfumé à l'eau de rose. C'est un roman que j'ai beaucoup apprécié : très bien écrit, facile à lire, il nous  embarque dans l'Inde de la fin des années 40 alors que "amour" rime avec "utopie" et que le mariage ne se conçoit pas sans arrangement avec la famille. Les différents récits des protagonistes sont prenants et je me suis surprise à ne pouvoir lâcher le livre avant d'avoir tourné la dernière page.

Difficile, en lisant ce livre, de ne pas penser à Compartiment pour dames qui pourrait parfaitement passer pour une version plus moderne et féminine de ce récit. Certes, le roman d'Anita Nair est plus étoffé, les personnages plus fouillés mais La fille de nos rêves aurait pu lui donner le point de départ... ;-)

Morceau choisi :
"Mon coeur battait la chamade le matin de mes noces, cela m'amuse quand j'y repense. Je connaissais Bina depuis longtemps, je l'avais vue dans nombre de situations différentes et nous avions énormément parlé, d'abord en public et ensuite en privé. Pourtant, chaque fois que je prenais conscience qu'elle allait devenir ma femme, habiter chez moi, dormir dans mon lit, diriger ma vie, non pas un ou deux mois, voire un ou deux ans, mais jusqu'à la fin de mes jours, je ne pouvais m'empêcher de courir boire un verre d'eau ou marcher de long en large dans ma chambre." (Presses de la cité - p.79-80)

Une belle surprise. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30