Je vous propose une nouvelle plongée dans la littérature indienne...

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suriManil Suri - Mother India

Éditions : Le Livre de Poche
Traduction : de l'anglais (Inde) par Dominique VITALYOS -
Titre original : The Age of Shiva
Nombre de pages : 630

Quelques mots sur l'auteur :
Manil_SuriManil Suri, né en juillet 1959 à Bombay (Mumbai), est un mathématicien et écrivain Indo-américain.
Après ses études, il devient professeur de mathématiques à l'Université du Maryland à Baltimore en 1983. En parallèle de ses activités de professeur, il commence à écrire mais n'est publié qu'en 2001 avec La Mort de Vishnou. The Age of Shiva (Mother India) est publié en 2008 et The City of Devi en 2013.
(source : Wikipedia)

Mon avis :
"Je reviens continuellement, allez savoir pourquoi, à cette veille du jour de la République à Delhi où j'ai vu ton père pour la première fois. Je me demande ce qu'aurait été ma vie si je n'étais pas allée à ce concert avec Roopa. Si je ne l'avais pas laissée m'entraîner dans les coulisses. Si je n'avais pas entendu ton père dire : "Ta soeur est presque aussi jolie que toi." Chaque fois que je lui ai posé la question, plus tard, il a répondu qu'il ne se souvenait plus de laquelle de nous deux il voulait parler." (Le Livre de Poche - p.23)
Mira tombe sous le charme de Dev, le soupirant de sa soeur Roopa, un chanteur qui rêve de gloire et qui appartient à une caste inférieure à celle de la famille de Mira. Surprise lors d'un rendez-vous galant avec Dev, elle est contrainte de l'épouser. Dès lors, elle découvre un monde conservateur et très traditionaliste en vivant auprès de sa belle-famille. Elle n'arrive d'ailleurs pas à s'y faire et son univers se ferme peu à peu. A la naissance de son fils Ashvin, elle se consacre entièrement à son rôle de mère, au point de lier avec lui une relation des plus exclusive...

J'ai débuté ce roman convaincue que j'allais passer un bon moment de lecture, les références à Rohinton Mistry et Vikram Seth de la quatrième de couverture ayant fini de me convaincre que ce roman fleuve allait nourrir ma passion livresque indienne... Et, de fait, les trois cents premières pages ont été englouties avec plaisir en quelques jours. Mais plus difficile a été la lecture des trois cents suivantes, l'héroïne commençant très sérieusement à m'agacer, son égocentrisme me hérissant à chaque page et c'est en la détestant presque que j'ai tourné la dernière page de ce roman !
Bref, au final, je retiens assez peu de cette lecture qui date maintenant de plusieurs mois :
- Des brides d'Histoire indienne très intéressantes mais trop peu développées à mon goût. A noter toutefois que l'auteur présente dans ce roman un équilibre parfait entre pro-Indira Ghandi en la personne du père de la narratrice et détracteurs de sa politique représentés par les beaux-frères de Mira. Le point de vue développé par l'auteur sur l'histoire de son pays est très proche de la vision occidentale de cette période de l'histoire indienne.
- Une héroïne (et narratrice) si égocentrique et dont les choix sont si éloignés de mon système de pensée qu'elle a fini par m'énerver. Alors qu'elle a tout pour être heureuse, elle s'englue dans son enfermement et noue avec son fils une relation plus qu'exclusive et étrange voire dérangeante parfois...
- Mais une lecture facile et un style fluide qui permet de finir le roman avec, malgré tout, un beau voyage en Inde.

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

 

MeghaniJhaverchand Meghani - Fiançailles

Éditions : Éditions de l'aube
Traduction : du gujarâtî (Inde) par Moïz RASIWALA
Titre original : Vevishal
Nombre de pages : 301

Quelques mots sur l'auteur :
Meghani1Jhaverchand Meghani est né en 1896 à Chotila, Srendranagar dans le Gujarât (Nord-ouest de l'Inde). En 1916, il passe une licence en Anglais et Sanskrit mais, après une courte période comme professeur, il change d'orientation et travaille pendant quelques années dans une usine d'alumium à Calcutta. Après quelques mois passés en Angleterre en 1919, il se consacre à l'écriture, contribuant à plusieurs journaux indiens. Il s'intéresse particulièrement au folklore et chants traditionnels de son pays et écrira plus de 100 livres, en plus de ses traductions de Tagore dans sa langue maternelle.
En 1930, il publie des textes jugés subversifs par le Raj britannique et est condamné à deux ans de prison. Partisant de Gandhi qu'il ne rencontrera jamais personnellement, ce dernier lui donnera le titre de Raashtreeya Shaayar (poète national).
Il meurt en 1947, juste avant l'indépendence de son pays. (source : Wikipedia)

Mon avis :
Sukhlal et Sushila sont fiancés depuis l'enfance mais lorsque le temps est venu de les unir, l'oncle de Sushila, devenu un marchant prospère à Bombay, a changé d'avis et cherche un moyen d'annuler le mariage. Après avoir tenté de tuer Sukhlal à la tâche, il le renvoie chez lui et fiance Sushila à un intrigant mais la belle Sushila est tombée sous le charme de Sukhlal et elle ne va pas se laisser faire.

Voilà un roman qui se lit avec aisance et qui nous fait voyager au nord-ouest de l'Inde dans les années 30, au sein d'un famille gurajâtîe, respectueuse des préceptes du jaïnisme. Les chapitres, très courts, s'enchaînent et nous font découvrir une Inde pas si arriérée que cela avec des coutumes basées sur le respect des engagements et la non-violence. Aussi, lorsque l'oncle de Sushila souhaite rompre la parole donnée des années auparavant, les choses ne sont pas aussi simples que le laisseraient supposer la richesse de la fiancée et la pauvreté de son soupirant. Les jeunes Sukhlal et Sushila (qui, soit dit en passant, ne se voient pratiquement pas au cours du roman) vont, chacun de leur côté, mener un combat tranquille mais résolu contre ceux qui veulent les éloigner l'un de l'autre. Avec beaucoup d'humilité, une dose d'humour et un brin de rébellion, ils arriveront finalement à leurs fins... ;-)

Morceau choisi :
"A quel sacrifice est-il prêt, celui qui veut se marier ? Le laddoo du mariage ne peut être roulé seulement avec l'eau de l'amour - il lui faut aussi le beurre pur de la force et de l'endurance."
(Editions de l'aube - p.262)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

Tejpal_3Tarun J. Tejpal - La vallée des masques

Éditions : Albin Michel
Traduction : de l'anglais (Inde) par Dominique VITALYOS -
Titre original : The Valley of Masks
Nombre de pages : 454

Quelques mots sur l'auteur :
TarunTajpalTarun Jit Tejpal, né le 15 mars 1963, est un journaliste d'investigation indien, fondateur de l'hebdomadaire d'actualités Tehelka.
Engagé dans l'opposition, il a dénoncé des malversations au sein du gouvernement indien en 2001. Menacé de mort, il a vécu sous protection plusieurs années. Il est l'éditeur du Dieu des petits riens d'Arundhati Roy.
Il a écrit pour plusieurs journaux internationaux : The Paris Review, The Guardian, The Financial Times et Prospect.
Son premier roman, Loin de Chandigarh, paru en 2006, est un succès mondial. Histoire de mes assassins, son second roman est paru en français en 2010.
(source : Wikipedia)

Mon avis :
L'homme qui raconte cette histoire attend. C'est la nuit et ses assassins ne vont pas tarder à arriver. Il a réussi à leur échapper quelques temps mais il sait qu'ils vont venir au petit matin, ils arrivent toujours au petit matin. Mais avant, il faut qu'il raconte son histoire, il faut que tout le monde sache : comment la communauté d'où il vient avait le rêve d'un petit paradis de perfection et comment ce paradis, à force de pureté et d'intransigeance est devenu un enfer...
Dès sa plus tendre enfance, au sein d'une communauté himalayenne séparée du monde, le narrateur apprend à renoncer à son individualité, à effacer ses envies, à bannir tout attachement. On lui enseigne qu'il ne peut vivre que pur et sans émotion que les hommes "vivaient pour posséder, tuaient pour posséder. Leur espèce était la seule à se rebeller contre l'ordre des choses. Les plantes, les animaux et les les insectes vivaient comme ils étaient censés le faire, mais les hommes ne cessaient de dévier de leur cours, poussés par leur avidité de pouvoir, de richesses, de femmes. Ils étaient déloyaux envers eux-mêmes, ne respectaient aucune règle et faisaient de leur inconstance une constante." (Albin Michel - p.78). En cela, les hommes sont haïssables alors que les membres de la communauté, éclairés par la sagesse d'Aum et ne vivant que pour la vérité sont bénis par la nature. En quête de perfection, le narrateur s'élève peu à peu dans la hiérarchie particulière de la communauté jusqu'à ce qu'une femme lui ouvre les portes du doute...

Après avoir beaucoup aimé Loin de Chandigarh et Histoire de mes assassins de cet auteur, j'attendais beaucoup de cette lecture. Et si j'ai laissé passer quelques mois avant de me plonger dans ce roman, ce n'était que pour attendre que les critiques plus élogieuses les unes que les autres arrêtent de pleuvoir et s'effacent de ma mémoire afin de savourer "en solo" cette lecture. Mais il faut croire que cela n'a pas suffit parce que j'ai été incroyablement déçue par ce récit. Beaucoup (trop) de choses m'ont déplu ou profondément agacée/heurtée pour que je puisse pleinement adhérer à l'histoire, à commencer par le sort des femmes de cette communauté qui sont réduites à être, au choix, les prostituées forcées des "purs", des poules pondeuses ou des nounous !
Et pourtant, je reconnais que ce roman avait de nombreux atouts pour me plaire : une critique acerbe du totalitarisme, une fustigation bienvenue de l'extrémisme religieux, une ode aux petits plaisirs de l'existence - la lecture (!), le rire, le bruit des trains, la musique, etc. - et une apologie du doute à cultiver. De plus l'écriture est fluide, souvent poétique et la construction en flash back du récit est très intéressante. Mais cela n'a malheureusement pas suffit à faire de ce roman un incontournable de ma bibliothèque.

Morceau choisi :
"Voici mon histoire. Et l'histoire de mon peuple.
Elle n'est pas très longue. Certains la racontaient le temps de vider un verre de Ferment aigre-doux. D'autres y apportaient tant de précision que les tonneaux étaient vides avant qu'ils aient terminé. Aujourd'hui, dans ma confusion, je me situe entre les deux. Pourtant j'ai été, un jour, un homme de convictions, volontaire et déterminé. Les autres venaient me consulter pour retrouver un ancrage solide quand leurs cœurs et leurs âmes vacillaient. Un jour.
Aujourd'hui, je dois faire face à l'urgence. Le train de neuf heures vient de siffler et je sais que mon sablier sera bientôt vide. Le sifflet d'un train, comme c'est beau ! La première fois que je l'ai entendu, je l'ai pris pour le cri de l'oiseau le plus grand du monde. Puis j'ai vu la bête fabriquée par les hommes, je l'ai entendue bavarder et chanter, et je suis tombé amoureux de sa voix. Ces derniers mois, j'ai escaladé souvent sans me faire voir le remblai de la voie ferrée. Assis sur les cailloux pointus, je caressais les veines de fer, je posais mon oreille contre leur douceur lisse et fraîche afin de percevoir la pulsation de vie encore lointaine qui s'approchait. L'indifférence des hommes à la beauté de cette voix me stupéfie. Ils ne suspendent même pas leur conversation quand le sifflement qui fuse de la locomotive fait voler l'air en éclats. J'ai appris autre chose encore : tous les humains ne voient pas le beau partout où il se trouve. Et c'est peut-être mieux ainsi.
Quelle facilité dans la digression ! A force de côtoyer les hommes chez qui je suis venu vivre, je finis par leur ressembler : distrait, séduit par tout ce qui se présente. Et c'est peut-être mieux ainsi.
Mais aujourd'hui, quoi qu'il en soit, je dois me concentrer sur deux choses : ce que j'ai à dire et les mots pour le faire. Tels le marteau et le clou unis dans leur percussion opiniâtre et bruyante jusqu'au bout de leur tâche.
Aujourd'hui, c'est à l'urgence que je dois faire face.
"
(Albin Michel - p.9-10)

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