la-fiancee-pakistanaise-476806
Éditions : Babel - Traduction : de l'anglais (Pakistan) par Christine Le Boeuf -
Titre original : The Bride - Nombre de pages: 347

4ème de couverture :
A la suite de l'un des massacres inter-ethniques qui ont accompagné la "partition" de l'Inde et du Pakistan, une petite fille originaire des plaines du Panjab est adoptée par un montagnard du Kohistan. Il a quitté son village à la mort de sa femme et de ses enfants, et c'est à Lahore qu'il va élever la petite Zaïtoon. Mais, obsédé par la nostalgie de ses montagnes de la haute vallée de l'Indus, c'est à un homme de sa tribu qu'il va la donner en mariage, alors que tout sépare les nouveaux époux.
bapsi-sidhwaEvocation authentique d'un Pakistan intime, le roman de Bapsi Sidhwa est aussi un somptueux roman d'aventures qui met en scène, avec force et sensualité, des personnages inoubliables.

Née à Karachi en 1938, Bapsi Sidhwa est un écrivain d'origine pakistanaise qui écrit en anglais. A deux ans, elle a été victime de la polio. Elle avait neuf ans au moment de la partition de l'Inde. Elle s'est mariée à 19 ans, a divorcé, s'est remariée et a trois enfants. Elle habite maintenant à Houston, USA.

Mon avis :
"Qasim avait dix ans lorsque son père, assis sur ses talons au bord d'un petit torrent de montagne, lui annonça:
- Fils, on va te marier.
Cette déclaration n'affecta guère Qasim mais quand, un instant plus tard, son père lui posa dans les bras un lourd et antique fusil, il rougit de plaisir.
"
(Babel - p.11)
C'est dans les rudes montagnes du Kohistan, au pied de l'Himalaya, que Qasim grandit, se marie, construit son foyer et élève ses trois enfants. Mais la maladie lui ravit sa famille et, inconsolable, il décide de quitter ses montagnes pour aller travailler dans la plaine, loin de ses racines. En 1947, la Partition l'oblige de nouveau à l'exil et c'est sur la route du tout nouveau Pakistan qu'il adopte une petite fille dont les parents n'ont malheureusement pas échappé au massacre. Arrivés à Lahore, ils sont pris en charge par un couple ne pouvant pas avoir d'enfant, Nikka et Miriam. Grace à l'amitié de Nikka, Qasim jouit d'une certaine aisance financière et sa fille Zaïtoon grandit dans un foyer aimant, va à l'école et dispose d'une certaine liberté d'action. Lorsque Zaïtoon atteint ses 16 ans, son père la promet en mariage à un montagnard, seul, selon lui, capable de garantir le bonheur de sa fille. En effet, pour Qasim, rien ne peut égaler la vie dans les montagnes et c'est le coeur serein qu'il laisse sa citadine de fille en plein coeur du Kohistan, avec un rude inconnu devenu son mari.

La fiancée pakistanaise est un roman rude qui démontre à quel point les femmes sont si peu libres dans certains pays ! Suivre aveuglément les ordres de son père (surtout lorsqu'il s'agit de lier le reste de sa vie à un homme que l'on n'a jamais vu!), puis ceux de son mari, ne pas donner son opinion en public, ne surtout pas rencontrer les yeux d'un homme, encore moins lui parler et si on peut rester cloitrée chez soi, c'est encore mieux !! Si à cela on ajoute l'honneur exacerbé des hommes qu'un rien offense, la femme n'a qu'à bien se tenir ! En tant que femme occidentale, je ne peux qu'être révoltée à la lecture de ce roman. Certes, l'histoire se déroule il y a plus de 50 ans mais les choses n'ont malheureusement que peu évolué dans une région où les Talibans exercent leur pouvoir !

16680988Bapsi Sidhwa dépeint avec justesse et précision un Pakistan peuplé de personnages attachants et courageux et nous emmène dans la merveilleuse région du Kohistan où les montagnes sont grandioses, les cours d'eau glacés, le soleil chaud et apaisant, les sentiers inexplorés et la nature intacte à peine écorchée par de toutes nouvelles routes. Mais cette beauté sauvage semble bien peu attrayante considérant les habitants rudes, sauvages, harnachés de fusils et prêts à tout pour que l'honneur des hommes reste intact même si, pour cela, des femmes doivent être sacrifiées. 

Morceaux choisis :
"La terre n'est pas facile à partager. Il eût fallu pour l'Inde un chirurgien habile et sensible mais, les Anglais,  submergés de soucis domestiques, s'y prirent en boucher hâtifs et peu soigneux. Ce n'était pas de la méchanceté délibérée - seulement une cruelle négligence. Un million d'Indiens moururent." (Babel - p.22)

"Banalisée par le carnage de plus d'un million de gens, la mort était devenue routinière et quotidienne. Tuer était facile. Profitant de cette attitude pour régler de vieux comptes, pour s'emparer de biens, de l'entreprise ou de la femme d'un autre, hindou tuait hindou - sikh, sikh - et musulman, musulman." (Babel - p.46)

"Des montagnes fauves s'élevaient sans fin, surmontées tout là-haut de neiges éternelles. Devant eux s'étendaient des siècles de sauvagerie intraitable, déserte et muette." (Babel - p.217)

Un roman à lire, ne serait-ce que pour se rappeler de la chance que nous avons de vivre en Europe!! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

D'autres avis: Agnès et Babelio.