vietroublee
Éditions : Albin Michel - Traduction : de l'anglais (Inde) par Dominique Vitalyos -
Titre original : The Tailor of Giripul - Nombre de pages: 377

4ème de couverture :
Janak le tailleur est mélancolique. Il rêve de gagner l’amour de Rama, sa si belle et maussade épouse, sans oser lui avouer sa flamme. Car à Giripul, au pied de l’Himalaya, le mariage est moins une affaire de sentiments que de raison. Dans sa boutique, par contre, les clientes adorent se confier à Janak, lui raconter leurs rêves. Ou leurs cauchemars.
Un soir, alors que la communauté est rassemblée sous le chapiteau d’un magicien ambulant, un cadavre se matérialise devant la boutique de Janak, bouleversant la vie du paisible Giripul. Tout le monde devient suspect : la coiffeuse chinoise, maîtresse du chef de village, Shankar le pêcheur qui s’est improvisé détective, Lala, le patron du salon de thé et son cuisinier ex-tueur à gages… Le petit tailleur arrivera-t-il à résoudre le mystèrBulbul Sharmae et Giripul à retrouver enfin la sérénité ?

Regorgeant des parfums, des couleurs, des sons d’un petit paradis oublié par le temps, un roman sur l’Inde comme on en lit peu, servi par la plume sensuelle, pleine de tendresse et d’humour de Bulbul Sharma.

Peintre et illustratrice, Bulbul Sharma est l'auteure de plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont : La Colère des aubergines, Mes sacrées tantes, Mangue amère et Maintenant que j'ai cinquante ans. Professeure d'arts plastiques auprès d'enfants handicapés, elle partage son temps entre Londres, New Delhi et son village des contreforts de l'Himalaya.

Mon avis :
"Lentement, une ruelle après l'autre, Giripul s'éveillait. Les maisons tournèrent leur regard vers le ciel où jouaient quelques panaches blancs, puis vers la vallée pour découvrir les champs baignés par le jeune soleil de l'été. Tout en piquant à la machine, Janak fredonnait une vieille chanson de film. C'était une matinée paisible, aucun souci ne venait troubler ses pensées. Il était loin de se douter que se serait la dernière avant de longs mois." (Albin Michel - p.13)
Janak est tailleur pour dames dans le village de Giripul, situé près de Simla au nord de l'Inde. Homme de talent et consciencieux, les femmes défilent dans sa petite boutique (qu'il a nommé "Giripul Pink Rose Ladies Tailor - Service d'urgence à la demande", tout un programme !). En plus de leurs mensurations, elles lui confient leurs pensées, les sachant bien gardées auprès de ce tailleur silencieux qui ne rêve, lui, que de se faire aimer de sa lunatique épouse, Rama. La vie s'écoule paisiblement pour Janak qui apprécie la tranquillité et le calme jusqu'au jour où la troisième épouse du mukhiya (le chef du village) lui raconte son rêve atroce : elle tranchait la tête de son mari avec une serpette ! Dès lors, Janak devine que le calme de Giripul est menacé surtout lorsqu'il voit débarquer sa belle-mère et son perroquet !

La vie troublée d'un tailleur pour dames est un livre doudou dont on apprécie la lecture non pas pour l'intrigue en tant que telle mais pour toutes ces petites histoires dans l'histoire, tous ces petits riens, qui, mis bout à bout, définissent une vie. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les personnages de ce roman, m'interrogeant sur leurs préoccupations, le sourire aux lèvres. Janak réussira-t-il à gagner l'amour de son épouse (tout en conservant le secret absolu sur son amour, car, quelle honte ce serait pour lui si on apprenait qu'il est amoureux de sa femme !) ? Le chef du village conservera-t-il sa tête ? Shankar se révélera-t-il en détective ? La troisième épouse découvrira-t-elle le secret de son époux ? Quand la belle-mère de Janak rentrera-t-elle chez elle avec son insolent perroquet ? Pour qui est l'ensemble rose commandé par le chef du village ? ... autant de petites et grandes questions qui trouvent toutes leurs réponses la dernière page tournée.

Morceaux choisis :
"La maison ne s'était jamais remise, elle non plus, de la trahison de son propriétaire. Au fil des années, elle était devenue aussi lunatique que sa jeune épouse et que les tenues de sa défunte mère. Les jours fastes, elle respirait l'ouverture, la lumière et la joie, et quand Jarnak sortait, les fenêtres clignaient de l’œil à son adresse comme de vieux amis, les marches luisaient, les portes souriaient en lui grinçant un aimable au revoir." (Albin Michel - p.49)

"Rama observait son mari en train de manger. Il n'était pas laid, mais pas beau non plus. Ni grand. Ni très fort. En fait, il s'essoufflait rapidement lorsqu'il grimpait ou descendait la colline et c'était elle qui devait porter leur fils dans ses bras. Contrairement aux hommes virils, il parlait et plaisantait rarement à voix haute, ne riait pas à gorge déployée, bouche grande ouverte, en découvrant le bout de sa langue. Il avait des petites dents de souris et quand il souriait, ses lèvres tombaient." (Albin Michel - p.92)

Une auteur à découvrir ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30