000076867

Editions : Maren Sell Editeurs - Traduction : de l'allemand (Suisse) par Nicole CASANOVA - Titre original : Nachtzug nach Lissabon - Nombre de pages : 491

4ème de couverture :
Une femme penchée sur le parapet d’un pont, un matin à Berne, sous une pluie battante. Le livre, découvert par hasard, d’un poète portugais, Amadeu de Prado. Ces deux rencontres bouleversent la vie du sage et très érudit professeur Raimond Gregorius. Au milieu d’un cours de latin, soudain il se lève et s’en va. Il prend le premier train de nuit pour Lisbonne, tournant le dos à son existence anti-poétique et sans savoir ce que vont lui révéler la beauté étrangère de Lisbonne et le livre d’Amadeu. Fasciné par les profondeurs que ce texte lui ouvre sur l’amour, l’amitié, le courage et la mort, il veut savoir qui était Amadeu de Prado : un médecin de génie, poète, militant engagé dans la Résistance contre la dictature de Salazar – un orfèvre des mots, un maître à penser, un explorateur de la vie à la manière des anciens navigateurs portugais. L’enquête menée par Gregorius l’entraîne dans une ronde de personnages fortement dessinés qui ont connu Amadeu. Leurs témoignages convergent vers cet homme et cernent en même temps la personnalité de Gregorius : "coupable" d’avoir trop peu osé.
Un grand roman européen qui sonde les multiples territoires de l’âme et de la conscience de soi.

Mon avis :
Souvenez-vous, c'était cet été, Celsmoon organisait son swapounet et Bookomaton, ma swappeuse, me gâtait avec, entre autres choses, ce livre qui me promettait de belles heures de lecture... Et en effet, ce livre est une très belle découverte ! Je n'ai pratiquement pas pu le lâcher jusqu'au début du dernier quart, à partir duquel, inexplicablement, mon intérêt s'est quelque peu relâché !!! La magie était passée et je suis restée sur ma faim, attendant une explication qui n'est pas venue ou que je n'ai pas comprise... Aussi, si je reconnais que ce livre, extrêmement complet, extrêmement bien écrit, est très intéressant, j'en ressorts un peu déçue tout de même...

L'histoire ? Un matin, comme tous les matins, Raimund Gregorius, professeur en langues anciennes (latin, grec et même hébreu) à Berne, surnommé haineusement Le Papyrus par ses collègues jaloux de sa popularité, s'apprête à traverser le pont de Kirchenfeld. Mais ce jour-là, une femme semble vouloir sauter du pont, aussi, Raimund s'approche d'elle et, de façon si soudaine qu'il ne peut l'en empêcher, elle écrit un numéro de téléphone sur son front !! Remis de son étonnement, en spécialiste des langues, il lui demande sa langue maternelle : "Português"... Ce simple mot va alors véritablement habiter Gregorius !  Il se rend en classe mais, en plein milieu de son cours, il part; il se rend alors dans une librairie où il découvre un livre d'un auteur portugais qui semble lui être destiné : Un orfèvre des mots de Amadeu Inacio de Almeida Prado. Dès lors, Gregorius, dont chaque mot du livre semble trouver écho dans son âme même, part en quête : quête de cet auteur pour comprendre qui était Prado, cet homme généreux, haïssant les vanités, médecin de génie sous la dictature de Salazar, et véritable "orfèvre" des mots... mais également quête de lui-même, Raimund Gregorius, ce qui va littéralement le métamorphoser !

La magie du livre ? Elle transparaît de nombreuses façons :
* dans l'écriture, tout d'abord, très belle comme dans ce passage : "Je ne voudrais pas vivre dans un monde sans cathédrales. J'ai besoin de leur beauté et de leur noblesse. J'ai besoin d'elles contre le caractère ordinaire du monde. Je veux lever les yeux vers des vitraux lumineux et me laisser éblouir par ces couleurs non terrestres. J'ai besoin de leur éclat. J'ai besoin de lui contre la sale couleur des uniformes. Je veux me laisser envelopper par la rude froideur des églises. J'ai besoin de leur silence impérieux." (Maren Sell - p.195-196)

* dans les multiples passages philosophiques dans lesquels on ne peut manquer de se retrouver parfois (je précise que l'auteur enseigne la philosophie), "S'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une petite partie de ce qui est en nous - qu'advient-il du reste ?" (Maren Sell - p.29)

* dans l'Histoire qui se mèle à l'histoire de Prado : comment être médecin sous une dictature, doit-on soigner un tortionnaire ?  "Quand il apparu sur le seuil, les cris se turent. Un moment, il resta là, la tête baissée, les mains dans les poches de sa blouse. Tous attendaient qu'ils disent quelque chose pour sa défense. Amadeu leva la tête et regarda à la ronde. J'eus l'impression que ses pieds nus ne reposaient pas simplement sur le sol, mais qu'il les y enracinait.
"
'Sou médico, dit-il, et encore une fois, les adjurant : Sou médico.' "
(Maren Sell - p.217)

* dans l'initiation à la vie de Gregorius (alors même qu'il a 57 ans) ! "Depuis ce matin, je sens que je voudrais faire autre chose de ma vie. Que je ne veux plus être Mundus. Je n'ai aucune idée de ce que je vais trouver de nouveau. Mais cela ne tolère aucun délai, pas le moindre." (Maren Sell - p.33)

* dans les personnages rencontrés par Gregorius, et beaucoup de choses encore... mais il faut que je vous laisse les découvrir...

Pour finir, je dirai que j'ai trouvé de très nombreux points de convergence entre ce livre et L'Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon : l'initiation, l'enquête sur un homme hors du commun, la magie d'une ville (Lisbonne pour l'un, Barcelonne pour l'autre), ...

Morceau choisi :
"La foule dans le cimetière était incroyable. Tous les gens qu'il avait soignés, des gens simples, auxquels il n'envoyait jamais une facture. Je ne me permis qu'un seul mot religieux : Amen. Je le prononçai parce qu'Amadeu avait aimé ce mot et parce que Jorge savait cela. Le mot sacré se perdit dans le silence des tombes. Personne ne bougea. Il commença à pleuvoir. Les gens pleuraient, se serraient les uns les autres dans leurs bras. Personne ne se décidait à partir. Les écluses du ciel s'ouvrirent et les gens furent mouillés jusqu'aux os. Mais ils restaient. Ils restaient tout simplement. Je pensais : ils veulent arrêter le temps avec leurs pieds de plomb, ils veulent l'empêcher de continuer à fuir afin qu'il n'emporte pas loin d'eux leur médecin bien-aimé, comme le fait chaque seconde avec tout ce qui l'a précédée." (Maren Sell - p.185-186)

A découvrir et, sans doute, à méditer... ;-)

Allez voir les avis de Bookomaton, de Kathel et de Dédale (Biblioblog).

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Parce qu'il est beaucoup question d'Ispahan...

ispahan

Ispahan - Copyright Frederic Negroni.