Alexander McCall Smith - 44 Scotland Street
Éditions : 10/18 - Traduction : de l'anglais par Elisabeth KERN -
Titre original : 44 Scotland Street - Nombre de pages: 414
4ème de couverture :
Quand la jeune Pat pousse la porte du 44 Scotland Street, elle espère bien prendre un nouveau départ. Entre son colocataire, un beau gosse insupportable et terriblement séduisant, et son excentrique voisine de palier, Domenica, la voilà entraînée dans une nouvelle vie au cœur de l'Édimbourg bohème. Son travail à la galerie "Something Special" s'annonce pourtant un peu morne. Sauf que Pat découvre au fond de l'obscur endroit un tableau qui pourrait bien valoir son pesant d'or et transformer sa vie ! D'abord publiées sous la forme d'un roman-feuilleton, ces chroniques d'Alexander McCall Smith brossent avec humour et tendresse la société d'Édimbourg et composent, entre chassés-croisés amoureux et intrigues haletantes, une savoureuse galerie de portraits.
Mon avis :
Dans un immeuble d'Edimbourg se côtoient des personnages divers et variés : Pat, une jeune femme qui entame sa deuxième année sabbatique et vient tout juste de décrocher un job dans une galerie; Bruce, play boy narcissique, énervant au possible tant il est persuadé de son charme ravageur et qui passe son temps à se mirer dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à un miroir; Domenica, une ethnologue qui a roulé sa bosse et n'a pas sa langue dans sa poche; Bertie, un gamin de cinq ans que sa mère, persuadée d'avoir enfanté un génie, force à apprendre l'italien, jouer du saxophone et détester les jeux de son âge (mais qu'a-t-elle contre les petits trains ?). Avec de tels personnages, il y avait de quoi remplir des pages de chroniques pleines d'humour et de piquant et Alexander McCall Smith s'y est employé avec talent ! J'ai énormément appris sur Edimbourg que je ne connais absolument pas et les clins d'oeil culturels m'ont beaucoup plu.
Le format du roman (3-4 pages par chapitre, ce roman-feuilleton ayant d'abord été publié quotidiennement dans The Scotsman) m'a paru bien déroutant au départ, ne m'attendant pas à basculer d'un personnage à l'autre sans aucune transition. Mais, les premiers chapitres passés, j'ai pris plaisir à me plonger dans ces chroniques, même si elles m'ont paru parfois d'un intérêt bien inégal. En effet, si je retrouvais avec plaisir les aventures de Pat qui découvre, peut-être, une pépite parmi les croûtes de la galerie pour laquelle elle travaille (un Peploe ?), je me suis un tantinet ennuyée en lisant celles de Bruce, personnage antipathique au possible et encore plus en subissant les rendez-vous psychiatriques de la mère de Bertie ! Mais je ne boude pas mon plaisir global et le deuxième tome m'attend déjà !
Morceau choisi :
"Cependant, c'est mon fils, se disait-il. Il n'est peut-être pas bon à grand chose, mais il est honnête, il respecte ses parents et il est ma chair et mon sang. Je pourrais être moins bien loti : certains fils font souffirir leur père bien davantage. Ce garçon est un raté, certes, mais c'est un bon raté, et c'est mon raté à moi." (10/18 - p.30)
Un bon moment de détente mais un peu en-deçà des aventures de Mma Ramotswe... ;-)
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D'autres avis : Dasola, Kathel, Maggie, Papillon et Stephie.
Dans ces chroniques, Alexander McCall Smith oppose deux peintres écossais : Samuel John Peploe et Jack Vettriano, je vous laisse en compagnie de quelques-unes de leurs toiles, histoire de vous faire votre propre idée... ;-)
Samuel John Peploe ?
ou Jack Vettriano ?
... pour ma part, j'ai choisi !
Bhisham Sahni - Tamas
Éditions : Gallimard - Traduction : du hindi par Philippe RENAUD -
Titre original : Tamas - Nombre de pages : 344
4ème de couverture :
Nous sommes en 1947 dans une petite ville du Pendjab. La cohabitation des différentes communautés - musulmans, hindous et sikhs, sans oublier les colons britanniques - se passe plutôt bien. Mais un jour, une carcasse de porc est déposée devant la mosquée. Malgré les appels au calme, certains musulmans veulent répondre à la provocation en incendiant le marché au grain : la spirale de la violence est enclenchée, et rien ne saura plus l'arrêter. Les incendies, agressions et viols se multiplient, les Britanniques sont dépassés, les populations hindoues et sikhs s'enfuient. La partition est consommée.
Tamas - qui signifie "ténèbres", en hindi - est un roman d'une grande force, où la dramaturgie narrative permet de mieux comprendre les traumatismes qui ont accompagné la naissance de l'Inde et du Pakistan, mais aussi de réfléchir à la question très universelle de la cohabitation des différentes communautés religieuses ou ethniques dans le monde moderne.
Bhisham Sahni, né en 1915 à Rawalpindi (aujourd'hui au Pakistan), est décédé en 2003 à New Delhi. Il est l'auteur de cinq romans ainsi que de plusieurs recueils de nouvelles et de pièces de théâtre. Son roman Tamas a provoqué un vaste débat en Inde, avant d'être adapté pour la télévision indienne et traduit dans de nombreux pays.
Mon avis :
Tout comme Train pour le Pakistan de Khushwant Singh, ce livre se veut le témoin de la Partition de 1947, cette période trouble et sanglante qui a vu naître l'Inde et le Pakistan au moment de l'Indépendance du sous-continent indien. Tout comme dans le roman de Khushwant Singh, nous assistons à la montée d'une haine absurde entre communautés qui, jusque là, ont vécu ensemble dans le respect mutuel de leurs différences religieuses ainsi que de leurs coutumes. Et pourquoi ? Parce que la haine et la révolte se nourrissent de la peur et, dès lors que quelques agités savent distiller le venin nécessaire et suffisant, les amis d'hier deviennent les ennemis de demain et cela se termine en bain de sang...
Homme Sikh portant sa femme.
Plus de 10 millions de personnes durent partir de leur maison et voyager à pied, en charette à boeufs ou en train vers leur nouveau pays dont ils ne connaissaient rien.
Source : Wikipedia.
Tamas se déroule dans une petite ville du Pendjab : là, les différentes communautés - Hindous, Musulmans, Sikhs - vivent en bonne intelligence sous l'autorité d'un administrateur britannique fasciné par l'Inde. Certes, les partisans de la Ligue Musulmane et ceux du Congrès s'affrontent verbalement parfois mais cela ne va jamais bien loin. Jusqu'au jour où un cochon est déposé sur les marches de la mosquée. En représailles, une vache est dépecée : la violence éclate. Hindous, Musulmans, Sikhs vont alors s'affronter sans discernement sous l'oeil passif de l'administrateur britannique que ces massacres "arrangent" dans la mesure où tant que les locaux se battent entre eux, ils ne pensent pas à bouter le colon hors de leur pays. Cette folie meurtrière durera quelques jours mais le mal sera fait…
Si j'ai beaucoup apprécié Tamas pour son intérêt historique et humain, je suis bien souvent restée "en dehors" du récit. En effet, il est tout d'abord difficile de s'attacher aux différents personnages tant ils sont survolés, du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti à la lecture. Certes, certains protagonistes sont présents du début à la fin (l'administrateur britannique, sa femme Lisa, le leader du Congrès, celui de la Ligue Musulmane, ...) mais nous n'entrons pas véritablement dans leur intimité, pas suffisamment pour s'attacher à eux. Ensuite, si la violence est évoquée à de multiples reprises, le récit ressemble un peu à un reportage journalistique avec assez peu d'émotion au final, ce qui renforce le fait de se sentir en retrait de l'histoire, comme un spectateur pas vraiment concerné. Seul le passage du suicide collectif des femmes et enfants sikhs est véritablement poignant et a remué mon coeur de mère.
Penjab, difficile voyage en train. Source : Wikipedia.
Au-delà du récit dramatique, Bhisham Sahni condamne les britanniques qui, sous prétexte de ne pas intervenir dans des querelles qui ne les regardaient en rien, ont laissé les massacres se perpétrer alors qu'ils avaient les moyens d'endiguer ce bain de sang. A la lecture de ce récit, l'administrateur nous apparaît bien passif, voire revanchard alors qu'il sait que ses jours sont comptés sur le territoire indien...
Morceaux choisis :
"Je n'arrive même pas à faire la différence entre un hindou et un musulman. Tu fais la différence toi, Richard ?
- Bien sûr que je la fais.
- Le majordome à la maison, il est hindou ou musulman ?
- Musulman
- Comment le sais-tu ?
- A son nom, et à son bouc, à ses vêtements aussi, et puis il fait la prière musulmane, même ce qu'il mange est différent.
[...]
- Tu sais à coup sûr rien qu'à son nom ?
- C'est un jeu d'enfant, Lisa. Les noms de musulmans finissent par des Ali, des Dine, des Ahmad, et les noms d'hindous finissent par des Lal, des Tchand, des Rame. Si c'est Roshanelal, hindou, si c'est Roshanedine, musulman, si c'est Iqbaltchand, hindou, Iqbal Ahmad, musulman." (Gallimard - p.52)
"- Tu ne connais personne dans le coin ?
Harmane Singh eut un sourire.
- Personne ne nous a aidés là où je connaissais tout le monde, ils nous ont tout fauché et ils ont foutu le feu à la maison. Des types avec qui j'ai grandi... Alors, qu'est-ce qu'on peut attendre de ceux que je connais ici ?" (Gallimard - p.230-231)
A découvrir pour l'Histoire mais, sur le même thème, j'ai été beaucoup plus touchée par le récit de Khushwant Singh : Train pour le Pakistan, peut-être parce que c'était le premier que j'ai lu... ;-)
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Nancy Huston - L'espèce fabulatrice
Éditions : Actes Sud - Nombre de pages : 192
4ème de couverture :
Ils disent, par exemple: Apollon. Ou : la Grande Tortue. Ou : Râ, le dieu Soleil. Ou : Notre Seigneur, dans Son infinie miséricorde. Ils disent toutes sortes de choses, racontent toutes sortes d'histoires, inventent toutes sortes de chimères.
C'est ainsi que nous, humains, voyons le monde : en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les autres grands primates.
Notre imagination supplée à notre fragilité. Sans elle - sans l'imagination qui confère au réel un Sens qu'il ne possède pas en lui-même - nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les dinosaures.
Mon avis :
"LA QUESTION
Soudain la détenue qui s'était tue jusque-là relève la tête, me regarde droit dans les yeux et me dit : "A quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ?
Cette femme est prostrée, elle a tué quelqu'un, moi non, tous mes meurtres sont dans mes romans." (Actes Sud - p.11). C'est de cette question que naît le livre de Nancy Huston : à quoi cela peut-il bien servir d'inventer des histoires ? Et trois heures plus tard, on ressort de cet essai la tête pleine de nouvelles questions, de nouvelles vérités, de nouveaux mensonges... mais ébloui, enchanté et ne rêvant que d'une chose : nous (re)plonger dans un roman de cette fabulatrice fabuleuse !
Tout au long de ce livre, Nancy Huston s'attache à nous démontrer que l'homme est une espèce fabulatrice, qu'il a besoin de sens, de croyances, d'Histoire et d'histoires pour justifier sa vie et satisfaire son besoin obsessionnel de comprendre, pour se persuader qu'il ne naît pas en vain, qu'il n'est pas un simple animal parmi tant d'autres sur Terre et que ses actes - tous ses actes, quels qu'ils soient - ont un objectif noble... Et la magie des mots opère, on avale avec plaisir les définitions, les explications, les "sens" que Nancy Huston donnent à ses histoires - à notre Histoire - et c'est magistral !
Difficile pour moi de résumer un tel livre : c'est tout simplement à lire. Je vous laisse en compagnie de quelques extraits, qui, je l'espère, vous donneront envie d'ouvrir ce livre...
"Les Huns, les Mongols, les nazis, les membres du NKVD - barbares du Nord et du Sud, d'hier et d'aujourd'hui - étaient fermement convaincus de vivre dans le réel, alors que leur tête bourdonnait de mythes (historiques, biologiques, scientifiques) pour rationaliser, justifier et glorifier leurs déprédations, leurs mascarades, leurs spoliations, leurs bains de sang." (Actes Sud - p.29).
"La parole humaine (à la différence de la parole d'ordinateur) interprète la réalité dans le même mouvement où elle la dit; elle la transforme en histoire dotée de Sens, le plus souvent favorable à celui qui parle.
C'est cela, si l'on veut, le péché originel - mais, comme c'est involontaire, le mot péché est inapproprié. C'est le défaut de fabrication de l'humain : ce cerveau conteur qui nous transforme tantôt en ange, tantôt en diable.
Hors l'humanité, bien sûr, aucun ange ni diable." (Actes Sud - p.79-80)
"Oui : l'une des fonctions fondamentales de la guerre humaine est bien d'engendrer des récits palpitants, bouleversants, mémorables. On ne se lasse jamais de la raconter, de la regarder, de la commenter. Épopées, pièces de théâtre, romans, films de fiction ou documentaires, reportages, journaux télévisés...
Sans les guerres, l'histoire de l'espèce humaine manquerait singulièrement de relief, de piquant, de suspense et de rebondissements... en un mot, de tout ce qui fait une bonne histoire." (Actes Sud - p.117)
"Le cerveau est une machine fabuleuse... qui nous prédispose à fabuler, pour le meilleur et pour le pire.
Il nous fournit les histoires dont nous avons besoin pour justifier nos actes." (Actes Sud - p.123)
"[...] dire que c'est une histoire ne veut pas dire que cela n'existe pas (les histoires existent), ni que c'est un mensonge (puisqu'on y croit)." (Actes Sud - p.136)
"Chaque personne est un personnage.
La spécificité de notre espèce, c'est qu'elle passe sa vie à jouer sa vie." (Actes Sud - p.158)
A découvrir... ;-)
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D'autres avis : Cachou, Keisha, Leiloona et Mélopée.
Sofi Oksanen - Purge
Éditions : Le Livre de Poche - Traduction : du finnois par Sébastien CAGNOLI -
Titre original : Puhdistus - Nombre de pages : 430
4ème de couverture :
1992, fin de l’été en Estonie. L'Union soviétique s'effondre et la population fête le départ des Russes. Sauf la vieille Aliide, qui redoute les pillages et vit terrée dans sa ferme. Lorsqu’elle trouve dans son jardin Zara, une jeune femme que des mafieux russes ont obligée à se prostituer à Berlin, meurtrie, en fuite, elle hésite à l’accueillir. Pourtant, une amitié finit par naître entre Zara et elle. Aliide aussi a connu la violence et l’humiliation… A travers ces destins croisés pleins de bruit et de fureur, c’est cinquante ans d’histoire de l’Estonie que fait défiler Sofi Oksanen.
Un très grand livre sur le mensonge et la peur. On en sort ébloui par la maîtrise et secoué par le propos. Alexandre Fillon, Lire.
Un livre âpre et dur qui met en parallèle la violence sur les femmes et sur les peuples. Augustin Trapenard, Elle.
Mon avis :
"Aliide. Aliide Truu. Les mains de Zara se détachèrent du banc. Aliide Truu était en vie, debout devant elle. Aliide Truu habitait cette maison. La situation était tout aussi étrange que la langue dans la bouche de Zara. Celle-ci se rappelait vaguement comment elle avait repéré la bonne route et les saules pleureurs de la bonne route, mais pas si elle avait compris qu'elle avait fini par trouver la bonne maison, si elle avait débarqué de nuit à la porte sans savoir que faire, si elle avait pensé attendre le matin, pour épargner aux habitants la peur d'un visiteur nocturne, si elle avait tenté d'aller dormir dans l'écurie, si elle avait glissé un oeil dans la cuisine sans oser frapper à la porte, si elle avait même envisagé de frapper à la porte, si elle avait envisagé quoi que ce soit." (Le Livre de Poche - p.31)
1992 : Aliide Truu vit seule dans sa ferme estonienne. Un matin, elle trouve une jeune femme allongée dans son jardin. Contre toute attente, elle accepte de l'aider.
1991 : Zara vit dans sa famille à Vladivostok. Sa mère travaille dur et ne cause guère, sa grand-mère passe son temps à regarder par la fenêtre. La jeune femme rêve d'aller travailler à l'ouest, là où l'argent coule à flots, là où les rêves sont possibles.
1950 : Hans Pekk est seul, il est enfermé. Pour ne pas sombrer dans la folie, il écrit.
1944 : Aliide et Ingel sont deux jeunes femmes que la guerre a mises à rude épreuve. Vivant seules dans leur maison de campagne avec Linda, la fille d'Ingel, elles doivent s'épauler pour survivre.
Combien d'avis ont fleuri sur la blogosphère concernant ce roman ? Je ne me risquerai pas à les compter tant il y en a eu mais j'ajoute tout de même ma contribution à la flopée blogosphérique pour confirmer que ce roman est à lire... ;-) A travers le destin d'Aliide et de Zara, l'auteur traite de nombreux sujets : la violence faite aux femmes en temps de guerre, la peur, l'humiliation, la montée d'une idéologie qui ne supporte pas la concurrence et écrase tous dissidents au régime, l'amour aveugle qui se moque de la morale et fait fi du bien et du mal, la survie quoi qu'il en coûte, le mensonge... Mais si Sofi Oksanen entremêle si bien les époques, c'est également pour nous livrer près d'un demi-siècle de l'histoire estonienne sans que l'on s'ennuie une seule seconde : pour qui, comme moi, ne connaissait pas ce pays, c'est magistral.
La vie n'a pas été tendre avec Aliide et Zara et leurs histoires, espacées de près de cinquante ans, sont extrêmement poignantes : impossible de ne pas s'en émouvoir. "Dans la rue, elle reconnaissait les femmes dont elle flairait qu'il leur était arrivé le même genre de choses. A chaque main tremblante, elle devinait : celle-là aussi. A chaque sursaut que provoquait le cri d'un soldat russe, ou à chaque tressaillement causé par le bruit des bottes. Celle-là aussi ? Toutes celles qui ne pouvaient pas s'empêcher de changer de trottoir dès qu'elles croisaient des miliciens ou des soldats. Toutes celles dont on apercevait, à la taille de leur blouse, qu'elles portaient plusieurs paires de culottes. Toutes celles qui n'étaient pas capables de regarder droit dans les yeux. Avaient-ils dit la même chose à celle-là, lui avaient-ils dit : "Chaque fois que tu iras au lit avec ton mari, tu te souviendras de moi" ?" (Le Livre de Poche - p.191)
Mais, autant je me suis beaucoup attachée au personnage de Zara, autant j'ai eu beaucoup plus de mal à comprendre Aliide et, malgré son passé dramatique, je n'adhère en aucun cas à ses actes, surtout après la lecture des dernières pages du roman, lorsque tout nous est dévoilé. Aussi, et contrairement à de nombreux lecteurs, Aliide ne m'a pas paru sympathique. Mais cela n'a en rien gâché mon plaisir de lecture.
Pour conclure, quelques mots sur la construction très originale du roman : à l'image d'une intrigue policière, les faits sont distillés petit à petit et les écrits de Hans apparaissent comme autant d'indices qui nous font entrevoir la terrible vérité. Les incessants allers et retours passés-présents ne gênent aucunement la compréhension du texte et, à chaque incursion dans une époque, nous n'avons qu'une seule hâte : en découvrir un peu plus. Mais chut, n'en dévoilons pas trop, sous peine de gâcher le plaisir de lecture de celles et ceux qui n'ont pas encore lu ce livre...
Morceau choisi :
"1941 avait été un hiver particulier, il avait fait très froid. Et 1939, et 1940. Des années particulières, des saisons particulières. Sa tête bourdonnait. Il y en avait encore une, maintenant. Une saison particulière. La répétition des années particulières. Son père avait raison, les saisons particulières présageaient des événements particuliers. Elle aurait dû savoir. Aliide essayait d'éclaircir sa tête en la secouant. A présent il n'y avait plus de temps pour les vieilles histoires, parce qu'elles ne disaient rien sur ce qu'il fallait faire quand une saison particulière arrivait. Sinon préparer ses bagages et s'attendre au pire." (Le Livre de Poche - p.200)
A découvrir. ;-)
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D'autres avis : Agnès, Aifelle, Aproposdelivres, Catherine, Hélène, Kathel, Keisha, Mélopée, Miriam, Papillon, Romanza et Ys.
Vaikom Muhammad Basheer - Le Talisman
Éditions : Zulma -
Traduction : du malayalam (Inde) par Dominique VITALYOS -
Nombre de pages : 207
4ème de couverture :
Il y a chez ce Maupassant indien une drôlerie sagace, un brio enchanteur et pathétique, une fantaisie et une liberté rayonnantes. Ce qui est fascinant, dans l’univers de Basheer, c’est qu'on y entre de plain-pied, avec une familiarité et un enthousiasme qu'on a tout de suite envie de partager.
Dès les premiers mots, Basheer subjugue et séduit par un art de conter qui nous plonge sans transition dans les parfums et les couleurs de son Kerala natal - et l'intimité de ses personnages, militants politiques, peintres, poètes ou critiques, amis fidèles, couples heureux, amoureux en déroute, fantômes voluptueux...
Sur fond de luttes radicales contre l'injustice et les systèmes ancestraux, on est saisi par l'espèce de tutoiement espiègle et tendre, à la vivacité chaleureuse, pour dire la proximité de ces hommes et de ces femmes sous les saris, les dhotis et les turbans, qui font de ce Talisman un bonheur de lecture douze fois renouvelé. "Que la chance vous sourie", aime à conclure le conteur.
Mon avis :
Je suis tombée sous le charme de cet incroyable conteur il y a quelques années déjà lorsque j'avais lu le merveilleux recueil de nouvelles intitulé Les murs et autres histoires (d'amour) puis le bref roman Grand-père avait un éléphant. Je me désespérais cependant d'avoir la joie de relire cet auteur un jour, les éditeurs ne semblant pas vouloir investir sur une nouvelle traduction de ses écrits... mais c'était sans compter sur les éditions Zulma qui éditent avec ce recueil douze nouvelles de ce fabuleux auteur que je vous engage à découvrir. Je peine à trouver les mots pour vous convaincre de lire ces contes cocasses, savoureux, malicieux, fantasques, parsemés de personnages attachants et qui nous emmènent en Inde (eh oui, encore !), servis par une plume alerte et rythmée: à savourer sans modération !
Dans Le Talisman, Vaikom Muhammad Basheer se moque gentiment de la crédulité et des obsessions d'un chauve qui ne pense qu'à faire repousser ses cheveux alors que la chance ne sourit qu'à ceux qui veulent bien la voir...
"Khan était tombé amoureux de Malou, la chienne noire de Parvati. Malou était la seule beauté des environs. Khan et Malou, c’était une histoire d’amour hindou-musulmane. Malou-aime- Khan-Khan-aime-Malou. Parvati, la voisine, n’était pas opposée à cette relation. Ummusalma, l’épouse d’Abdul Aziz, non plus. Parvati réservait à Ummusalma un chiot de Malou et de Khan. Hélas, trois fois hélas, six molosses hindous surgis Dieu seul sait d’où se mirent à courtiser Malou, bien décidés à ne pas laisser ces deux-là s’aimer. Khan s’interposa. Ce fut une horrible mêlée. À eux six, ils se jetèrent sur lui et faillirent le réduire en bouillie. Khan, en bon Musulman, se battit contre les infidèles avec la dernière énergie. Malou assistait, impassible, à l’horrible bataille, tout comme Parvati et Ummusalma. Il s’agissait bel et bien d’un conflit hindou-musulman, alors comment et pour qui prendre parti ? Personne ne pipait mot. D’abord Khan mordit ses ennemis, les fit décoller de terre l’un après l’autre. Mais lorsque les chiens hindous ripostèrent en bloc, ils le catapultèrent dans les airs et plantèrent tant de crocs dans sa chair qu'il en eut le corps entier à vif et la moitié de l’oreille droite arrachée. Défait, Khan s’enfuit jusqu’à la cuisine et s’allongea tout sanglant. Dehors, les chiens hindous le défiaient en aboyant sauvagement.
Khan se tint coi.
Fiasco total. Déception sentimentale phénoménale. Que faire contre une déception sentimentale ? Rien. Khan ne fit donc rien. Plus exactement, il conçut un dégoût sans limites pour la gent féminine.
Il mordit deux femmes. Les deux mordues étaient hindoues. Agression anti-communautaire !
On frôlait l’illégalité." (Zulma - p.9-10).
"Les fantômes, les esprits démoniaques, vous y croyez ?" (Zulma - p.27). Par une nuit de lune est une histoire de fantôme. Enfin... pas vraiment ou peut-être que si finalement... ;-)
Tankam est une merveilleuse déclaration d'amour, de celle dont rêve toute femme...
"Si vous croyez que sous le nom de ma femme, qui désigne l'or, se cache une combinaison fascinante de perfection physique et d'élégance, objet de la louange exaltée du cercle des poètes, vous vous méprenez gravement. Nos zélateurs de la beauté n'ont jamais accordé un regard à Tankam." (Zulma - p.41).
Dans L'Empreinte, nous sommes amenés à nous introduire dans l'intimité d'un militant politique à qui il est arrivé une bien étrange aventure...
Dans Le Premier Baiser, dix hommes évoquent le premier baiser, celui que leur épouse a forcément découvert dans leurs bras et pourtant... "Un seul d'entre vous peut-il prouver que c'est lui qui a embrassé sa femme ou son amante pour la première fois ?" (Zulma - p.77)
Pour une patte de bananes-coq est une nouvelle assez drôle qui montre à quel point une femme peut se montrer docile et obéissante pour peu que son mari se montre convaincant... ;-)
Au paradis des nigauds est le récit triste d'un homme qui s'éprend d'une pauvresse qui ne songe qu'à nourrir sa famille...
Avec Shashinâs, Vaikom Muhammad Basheer nous délivre une nouvelle histoire d'amour mais pas des plus heureuse, surtout lorsque la jeune fille traîne un lourd passé...
Dans La Maison vide réside un peintre qui, pour se prémunir de tout importun accroche une note sur ses volets, une note précisant qu'il dort et qu'il serait élégant de ne pas le déranger...
" "Je dors, je suis très fatigué. S'il vous plaît, ne me réveillez pas." La note au ton léger, écrite en lettres rouges, est encore bien visible contre le bleu du volet. Mais qui donc y aurait-il à réveiller dans cette maison ?
Les lieux ne sont plus habités depuis longtemps. Personne n'a la témérité d'en faire son logis. Les herbes folles et les plantes sauvages ont envahi le jardin. La peinture de couleur a pâli sur les murs.
Il y a des toiles d'araignée partout. A l'intérieur règne un silence indéfinissable. Dehors, rien ne bouge. Il s'empare de votre esprit un sentiment qui n'est pas exactement de la peur, mais plutôt l'impression que quelque chose vous échappe. Comme devant un sanctuaire très ancien, déserté, inscrit dans l'histoire des lieux.
On raconte toutes sortes de choses sur cette maison vide." (Zulma - p.151)
Le Remède nous prouve que toute médication n'est pas toujours bonne à boire, même si c'est une adorable épouse qui nous l'administre !
Encore une histoire d'amour avec La Faim mais qui connaît un bien triste épilogue...
Avec Les Coeurs accordés, l'auteur évoque les conflits intercommunautaires en Inde mais, lorsque deux amants de confessions différentes s'aiment, comment leur amour peut-il triompher ?
"Les rivalités intercommunautaires, chez nous au Kerala, ne sont que des bouffées de zéphyr en comparaison de ce qui se passe dans le Nord, où un véritable typhon de haine souffle constamment et partout. Hindous, Musulmans et Sikhs s'y comportent comme des bêtes sauvages, se jettent les uns sur les autres, se déchirent à belles dents et se délectent de la mort de leur ennemi. Toute la confiance qui a pu exister un temps entre eux est détruite et leurs cultures ont devenues inconciliables. A croire que la situation n'a pas évolué d'un iota en plusieurs siècles, depuis l'époque où les querelles se réglaient dans le sang. Tueries de vaches, disputes linguistiques, tout est bon pour alimenter le feu du sacrifice que réclame l'expression de leur rivalité." (Zulma - p.195)
A lire ! ;-)
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Alexander McCall Smith - Mma Ramotswe détective
Éditions : 10/18 - Traduction : de l'anglais par Elisabeth KERN -
Titre original : The N°1 Ladies'Detective Agence - Nombre de pages: 250
4ème de couverture :
Divorcée d'un mari trompettiste porté sur la bouteille, Precious Ramotswe est bien décidée à ne plus céder aux mirages de l'amour ! J.L.B. Matekoni, gentleman garagiste, lui fait pourtant les yeux doux mais l'inénarrable "Mma" a un projet en tête... Un beau jour, elle se jette à l'eau et ouvre à Gaborone, capitale du Botswana, son pays bien-aimé, la première agence de détectives strictement au féminin. En compagnie de son assistante, Mma Makutsi, elle déclare la guerre aux maris en fuite et aux escrocs sans vergogne. Ne reculant devant aucun danger, elle s'attaquera même à la sorcellerie, le grand tabou de l'Afrique. Mma Ramotswe mène ses enquêtes tambour battant, sous les yeux de son soupirant favori... et pour notre plus grand plaisir.
Mon avis :
"Mma Ramotswe possédait une agence de détectives en Afrique, au pied du mont Kgale. Voici les biens dont elle disposait : une toute petite fourgonnette blanche, deux bureaux, deux chaises, un téléphone et une vieille machine à écrire. Il y avait en outre une théière, dans laquelle Mma Ramotswe (seule femme détective privée du Bostwana) préparait du thé rouge. Et aussi trois tasses : une pour elle, une pour sa secrétaire et une pour le client. De quoi d'autre une agence de détectives pourrait-elle avoir besoin ? Le métier de détective repose sur l'intelligence et l'intuition humaines, et Mma Ramotswe possédait l'une et l'autre en abondance. Bien sûr, ce genre de chose ne figurerait jamais dans aucun inventaire..." (10/18 - p.7)
Mma Ramotswe, 35 ans, divorcée, décide de monter son agence de détective : ce sera l'Agence N°1 des Dames Détectives. Elle loue les locaux, y installe sa secrétaire et attend les clients...
Mais, pas facile de trouver des clients quand on se lance dans une telle entreprise, surtout lorsqu'on est une femme ! Aussi, pour débuter et asseoir sa réputation, il faut bien accepter ce qui se présente, même si cela paraît bien "indigne" parfois :
- suivre une jeune fille de seize ans d'origine indienne dont le père soupçonne des fréquentations masculines bien inconvenantes...
- retrouver le mari d'une femme bien trop occupée...
- retrouver un chien !
- faire en sorte qu'une voiture volée retrouve son propriétaire sans que le voleur ne soit inquiété
- confondre un médecin qui parait bien... bipolaire
- enquêter sur un accident de travail
- et retrouver un enfant disparu dans de bien étranges circonstances...
Pour ma première rencontre avec Mma Ramotswe dont j'avais beaucoup entendue parler et dont j'avais apprécié l'adaptation de la BBC passée sur Arte l'année dernière, je ne m'attendais absolument pas à ce format de récit. En effet, point d'intrigue d'un seul tenant dans ce premier volume mais des "chroniques" assez courtes dont on suit avec plaisir les aléas. Les enquêtes de Mma Ramotswe sont colorées, bourrées d'humanité, pragmatiques et saupoudrées d'humour. L'amitié y tient une place de choix, bien sûr, et chaque connaissance ne doit en aucun cas être négligée : qui sait si, un jour, cette personne ne détiendra pas la clé de la résolution d'une enquête ?
Au-delà des intrigues et des personnages très intéressants, l'un des points majeurs du roman est la découverte du Botswana. Alexander McCall Smith nous entraîne dans une Afrique qu'il aime et nous propose un merveilleux voyage :
- de magnifiques descriptions des paysages du désert du Kalahari jusqu'au fleuve Limpopo en passant par la savane... "Quand on regarde ces montagnes au loin, elles sont bleues, comme toutes les grandes étendues dans ce pays. Nous sommes loin de la mer ici, puisqu'il y a l'Angola et la Namibie entre nous et la côte, pourtant, nous avons cet immense océan bleu au-dessus et autour de nous. Aucun marin ne pourrait se sentir plus seul qu'un individu planté au coeur de notre pays, avec ces kilomètres et ces kilomètres de bleu autour de lui." (10-18 - p.23)
- une histoire riche : protectorat britannique du Bechuanaland jusqu'en 1966 puis pays indépendant misant tout sur son industrie minière,
- une situation politique et économique relativement stable par rapport aux pays voisins... que l'auteur idéalise ? "J'aime notre pays et je suis fier d'être motswana. Aucun autre État d'Afrique ne peut garder la tête haute comme nous. Nous n'avons pas de prisonniers politiques et n'en avons jamais eu. Nous vivons en démocratie. Nous avons été prudents. La Banque du Botswana déborde d'argent grâce à nos diamants. Nous n'avons aucune dette." (10/18 - p.25)
- et des habitants intéressants, heureux de leur mode de vie et n'appelant pas tous la modernité occidentale... "[...] Ces idées qui venaient d'Amérique étaient peut-être très belles en théorie, mais avaient-elles rendu les Américains plus heureux ? Il fallait imposer certaines limites à tout ce progrès, à cette évolution perturbatrice. Récemment, il avait entendu parler de maris contraints par leur épouse de changer les couches de leur bébé ! Il frémit à cette pensée : l'Afrique n'était pas prête pour cela. Il existait certains aspects des habitudes africaines ancestrales qui étaient appropriées et confortables... à condition d'être un homme." (10/18 - p.210)
Morceau choisi :
"[...] Il y a des gens qui ne supportent pas des nouvelles comme celle-là. Ils croient qu'ils doivent vivre toujours et ils sanglotent et se lamentent quand ils s'aperçoivent que leur heure a sonné. Je ne suis pas ainsi, je n'ai pas pleuré en entendant la nouvelle du docteur. La seule chose qui m'attriste, c'est que je vais devoir quitter l'Afrique lorsque je mourrai. J'aime l'Afrique, c'est à la fois ma mère et mon père. Quand je serai mort, l'odeur de l'Afrique me manquera, parce qu'il paraît que là où on va, où que ce soit, il n'y a ni odeurs, ni saveurs." (10/18 - p.22)
Un excellent roman pour les vacances : dépaysement garanti... ;-)
Plaisir de lecture : ![]()
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D'autres avis : Aproposdelivre, Cachou et Grominou.
Cette série a été adaptée par la BBC, si vous souhaitez en savoir plus, c'est par ici.
En vacances
Christel Diehl - Enola Game
Éditions : Éditions dialogues - Nombre de pages: 118
4ème de couverture :
Une jeune femme et sa petite fille vivent enfermées dans leur maison. À l’origine de cette claustration, il y a Enola Game, une catastrophe dont on ne connaît pas la nature exacte : accident nucléaire ? Conflit mondial ? Guerre civile ?
Au fil des semaines, malgré sa peur et son chagrin, la mère puise dans sa mémoire et ses lectures mille raisons de célébrer la vie. Les mots de Mallarmé qu’elle recopie dans son journal intime trouvent une résonance particulière dans le vide de son huis-clos :
"Ma faim qui d’aucun fruit ici ne se régale, trouve en leur docte manque une saveur égale."
Cependant, tandis que la mère louvoie entre sa douleur, ses souvenirs magnifiés et sa volonté farouche de donner un sens à la vie de son enfant, les quelques nouvelles du monde qui lui parviennent encore sont chaque jour un peu plus alarmantes.
In fine, la question de ce roman pourrait être : que reste-t-il quand il ne reste rien ?
Mon avis :
Qu'il m'est difficile de parler de ce roman. J'aurais bien envie de vous envoyer vers les nombreux avis qui ont fleuri sur la blogosphère et qui parlent à la perfection de ce merveilleux premier roman mais ce ne serait pas lui rendre hommage. Comment réussirais-je à vous parler d'un tel livre sans en dénaturer la beauté ? Car Enola Game est indéniablement un très beau roman, sensible, poignant, oppressant, magnifique par ses mots et terrible par son propos.
A bien des égards, ce roman rappelle La route de Cormac McCarthy, en moins oppressant peut-être, quoique, la dernière page tournée, ce n'est pas si évident. Un adulte se bat pour donner un semblant de vie à son enfant dans un monde ayant subi une catastrophe dont on ne sait rien, son amour est une évidence mais, dans ce monde perdu, la fin n'est-elle pas inéluctable ? Dans La route, un père s'arme de courage pour son fils; ici, c'est une mère qui, jour après jour, s'évertue à faire sourire sa petite fille de quatre ans malgré les interdits et la nostalgie d'avant la catastrophe : "avant la grande lumière on allait se promener dans la forêt avec Papa. Avant la grande lumière, on cueillait des framboises au fond du jardin. Avant la grande lumière, Mamie faisait des brioches. Avant la grande lumière, ma grande soeur cousait des habits pour mes poupées. Avant la grande lumière, je n'avais pas toujours envie d'aller à l'école.
Avant la grande lumière, j'avais l'impression de courir du matin au soir. Avant la grande lumière, je trouvais parfois ma vie fade et dénuée de sens.
Depuis la grande lumière, on ne voit plus le soleil. Depuis la grande lumière, on ne doit pas sortir. Depuis la grande lumière, les absents nous entraînent dans le vide qu'ils ont laissé. Depuis la grande lumière, je chéris ma vie révolue. Depuis la grande lumière, je n'entends plus d'autre voix que la tienne. Depuis la grande lumière, tu es mon seul rai de toute petite et de si douce clarté." (Éditions dialogues - p.14). Les rituels quotidiens qu'elles s'imposent sont le seul lien avec une réalité révolue : se lever, se laver, manger, attendre que la journée passe en se racontant les histoires d'avant ou en s'évadant dans les livres, seules portes encore accessibles vers un ailleurs meilleur. Mais bientôt, même ces choses simples seront compromises : l'électricité est coupée, il faut alimenter le feu et les meubles ne sont pas éternels, il faudra alors se résigner à brûler les livres, les réserves d'eau s'épuisent, la nourriture n'est plus distribuée... Même se laver devient illusoire. Sortir ? Demander de l'aide aux voisins ? Option bien risquée alors que rôdent des hommes en tenue militaire dont on ne sait rien...
Mais Enola Game est bien plus qu'un livre post-apocalyptique qui s'interroge sur la fin d'un monde, il nous amène également à nous interroger sur notre vie, sur ces choses que nous considérons comme essentielles, acquises. Dans notre société de surconsommation, n'avons-nous pas oublié l'essentiel ? Comme le souligne l'auteur, on accumule mais en profitons-nous réellement ? "Elle a de quoi rire jaune des dizaines de fois par jour. Quand par exemple elle se souvient des dizaines de Gigas de musique qu'elle a entreposés dans un disque dur. [...]
Confrontée au choix étourdissant que lui offrait cette discothèque quasi-infinie, elle écoutait presque moins de musique que jadis, lorsqu'elle s'offrait de temps à autre un disque convoité, se hâtait de rentrer à la maison, déchirait son emballage plastique avec fébrilité et se calait dans un fauteuil pour jouir ad libitum de la mélodie." (Éditions dialogues - p.17)
La quatrième de couverture termine par cette interrogation "que reste-t-il quand il ne reste rien". Et, à la lecture des quelques 120 pages qui composent ce roman, nous nous interrogeons : l'amour, les souvenirs magnifiés, l'espoir sont-ils suffisants pour remplir une vie ? Et lorsque l'espoir s'effrite, quelle attitude adopter ? "la politique du pire lui a semblé moins dangereuse que l'espoir" (Éditions dialogue - p. 118), l'auteur, elle, semble avoir choisi...
Morceau choisi :
"Toi qui dors encore si paisiblement dans un cocon de douceur idéale, j'aurais tant à te dire que je ne sais par quoi commencer. Peut-être par un merci, car tu as déjà enrichi ma vie.
Il y a d'abord tout cet immense amour que j'éprouve pour toi, avant même que tu n'aies poussé ton premier cri de conquête du monde.
Il y a ces milliers de découvertes émouvantes que tu vas m'offrir petit à petit : ton premier sourire, ton premier mot, tes premiers pas.
Mais il y aura aussi, parce que je tiens déjà à ta vie plus qu'à la mienne, les grands soucis qui naîtront de tes maux et de tes chagrins d'enfant.
Mais il y aura aussi ces instants où mon amour ne suffira pas à soulager tes peines." (Éditions dialogues - p.39-40)
Une lecture poignante qui se lit d'une traite, une auteure à découvrir... ;-)
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D'autres avis : Aifelle, Clara, Kathel, Manu (un grand merci à toi pour cette découverte), Noukette, Soukee, Stephie, Sylire et sans doute bien d'autres encore.
Nuruddin Farah - Exils
Éditions : Le serpent à plumes -
Traduction : de l'anglais (Somalie) par Marie-Odile FORTIER-MASEK -
Titre original : Links - Nombre de pages : 384
4ème de couverture :
Après vingt ans d'exil à New York, Jeebleh décide de retourner en Somalie, son pays. Au programme : trouver la tombe de sa mère et aider son ami d'enfance Bile à récupérer Raasta, sa fille enlevée. Mais quand il débarque à Mogadiscio, Jeebleh se rend compte que la situation a radicalement empiré.
Les clans ont divisé le pays, les adolescents prennent les gens pour des cibles et les Américains ont la gâchette facile. La tâche de Jeebleh est complexe, d'autant qu'on se méfie de lui. A quel clan appartient-il aujourd'hui ?
Dans ce monde chaotique où rien et personne n'est ce qu'il paraît, où chaque mot peut être une bombe, la petite Raasta, nommée la Protégée, représente l'espoir. Ses mots, sa présence sont le seul réconfort de ce peuple de vautours gouverné par la peur.
Mon avis :
"Pour quelqu'un comme vous [...], nous sommes tous dingues, des fous furieux. Vous devez penser que nous nous battons pour pas grand-chose. Vous avez envie de nous dire : Regardez, votre pays est en ruine, et vous continuez à vous battre pour rien ! Ceux d'entre nous qui sont restés et qui ont combattu l'envahisseur s'estiment trahis. Nous nous sentons rabaissés quand vous, qui êtes partis, qui avez un bon boulot, une maison avec l'eau courante et l'électricité, qui vivez dans un pays où règne la paix, vous tenez ce genre de propos. Ne vous est-il jamais venu à l'esprit que certains d'entre nous portent un pistolet, à seule fin de se battre et de mourir au non de la justice ?" (Le serpent à plumes - p.43) Après de nombreuses années d'exil, Jeebleh revient dans son pays, en Somalie, et débarque à Mogadiscio pour quelques jours. Dès son arrivée à l'aéroport, la situation dramatique du pays lui saute aux yeux alors qu'il est témoin du meurtre gratuit d'un enfant de dix ans par une bande de jeunes. Qu'est-il venu faire dans ce pays de misère, de violence et de sang où chaque faux-pas peut être synonyme de mort, lui, qui mène maintenant une vie si tranquille aux États-Unis avec sa femme et sa fille ? Deux objectifs : aider Bile, son ami d'enfance, à retrouver sa nièce kidnappée et se recueillir sur la tombe de sa mère. Ça, c'est la version avouable, l'officielle, celle qu'il sert à ceux qui l'interrogent. Mais, au fond de son coeur, mûrit également un tout autre dessin...
Entrer dans ce roman a été très difficile pour moi et ce, pour plusieurs raisons. D'abord parce que je ne connaissais absolument pas l'histoire de la Somalie ni sa situation politique et sociale. Ce que je savais sur ce pays avant cette lecture pouvait se résumer en quelques mots : pays situé dans la corne de l'Afrique, pauvre, dont les habitants souffrent de la faim et d'une situation politique instable. Un peu maigre comme références, vous en conviendrez.
Ensuite, j'ai très souvent eu l'impression d'avoir sauté des lignes (voire des pages !) tant certains points, apparaissant sans doute comme une évidence pour un non-novice, m'ont paru obscurs (par exemple je n'ai toujours pas compris quelle erreur avait commise Bile, médecin, en aidant sa soeur à accoucher; je n'y vois aucun mal et il est médecin après tout)... De plus, Jeebleh, le narrateur, nous livre ses dialogues, ses rencontres telles qu'il les vit, sans vraiment de liant entre elles, avec des interruptions brutales parfois, ce qui renforce l'impression d'avoir loupé des paragraphes.
Enfin, je n'étais sans doute pas prête à réembarquer dans une lecture si lourde après Paulo Lins qui m'a tout de même laissé quelques séquelles...
Malgré cela, ou à cause de cela pourrais-je dire, j'ai trouvé Exils très intéressant. En effet, au-delà du roman, Nuruddin Farah s'applique à nous donner un très bon aperçu de la situation politique et sociale de son pays : la misère y est évoquée bien sûr mais aussi et surtout la guerre des clans, qui, selon Nuruddin Farah est le vrai fléau de la Somalie. Après une dictature, une guerre civile ayant entraînée une intervention catastrophique des États-Unis (voir la Bataille de Mogadiscio de 1993 qui a inspirée Ridley Scott pour son film La Chute du faucon noir), le pays ne peut se reconstruire tant que les clans existeront, du moins, c'est ce que nous donne à entendre l'auteur. Alors, quelle est la solution : il ne semble malheureusement pas y en avoir pour le moment et le peuple souffre en silence. Tout au long du roman, l'auteur s'attache à nous relater les faits historiques qui expliquent la situation actuelle du pays, ce qui éclaire notre compréhension de son état, c'est très instructif mais très triste également et on se sent bien impuissant à la lecture d'un tel récit.
Accompagner Jeebleh dans ses recherches ne m'a pas laissé indifférente. Face au récit d'un pays où l'amitié n'existe plus "Au bout de quelques jours, vous comprendrez vous-même qu'il n'y a plus ici, ni où que ce soit dans ce pays d'"amis" à qui faire confiance. [...] Le concept d'amitié n'existe plus" (Le serpent à plumes - p.46), où personne ne semble être ce qu'il prétend être, où le fusil est le meilleur compagnon de l'homme, où la misère n'épargne personne "Nom de Dieu, que faisait-il dans ce pays plongé dans une désolation telle que même les corbeaux crevaient de faim ?" (Le serpent à plumes - p.165), comment ne pas se sentir impuissante, triste et révoltée ?
Morceau choisi :
"Qu'il le veuille ou non, il se trouvait dans un pays où les démons ne chôment pas, ils s'y entendaient à mettre de l'huile sur le feu, et à s'assurer que chacun avait bien reçu sa dose de malheur." (Le serpent à plumes - p.284)
Un auteur engagé à découvrir... ;-)
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D'autres avis : Courrier International, Keisha et Tarangaweb.
La Somalie en quelques lignes : j'ai trouvé ce site vraiment intéressant et synthétique.
Bulbul Sharma - Mes sacrées tantes
Éditions : Picquier poche - Traduction : de l'anglais (Inde) par Mélanie BASNEL -
Titre original : My Sainted Aunts - Nombre de pages : 225
4ème de couverture :
Après La colère des aubergines, Bulbul Sharma nous revient avec des histoires pétillantes de drôlerie.
Des femmes partent en voyage et leur vie bascule. Elles partent pour se marier, pour aller voir leur fils, pour échapper au crime qu'elles croient avoir commis ou à une belle-mère tyrannique. Sous leurs regards baissés et leurs saris chatoyants, elles cachent un cœur limpide, un courage à toute épreuve, et elles accueillent les surprises du chemin avec une sagesse relevée du sel de l'humour. Au fil de leurs voyages, défilent les paysages de l'Inde, des rizières vert émeraude aux défilés escarpés de montagne, et les rencontres improbables : danseuses travesties en veuves, raja déchu d'un palais surgi des mille et une nuits, fantôme amoureux ou ours chapardeur. Mais au détour de la route, c'est leur paysage intérieur qui soudain change : les chaînes qui entravent leurs pas depuis des siècles se font plus légères, et au bout du voyage, parfois, les attend la paix. Ou la liberté. Ou l'amour.
Les histoires de Bulbul Sharma nous prennent par la main pour nous emmener sur des chemins détournés, imprégnés des senteurs de l'Inde; elles ont la malice de la fable, la délicatesse de la miniature indienne, la poésie des contes de fées; et si elles nous font éclater de rire, c'est avant de nous toucher au cœur.
Mon avis :
Vous ai-je déjà dit que j'aime lire des nouvelles ? Elles ont ce petit quelque chose qui me fait vibrer : brièveté, force, elles vont droit au but et nous offrent un voyage express, fulgurant, dont je ressors souvent conquise. Bien entendu, j'aime aussi les romans (et les pavés encore plus) mais cela n'a rien d'antinomique, voyez-vous : pourquoi faudrait-il choisir entre une journée en Normandie (à Giverny, par exemple) et un long mois en Aveyron (dans ma famille, par exemple) ? Donc j'aime les nouvelles. Et lorsque ces nouvelles sont drôles, savoureuses, servies avec des personnages attachants et m'emmènent en Inde, que voulez-vous : j'adore !
Ma première rencontre avec cette auteur, La Colère des aubergines, n'avait pas été des plus réussie mais il faut dire que je l'avais lu dans un hôpital, en salle d'attente... pas vraiment, donc, dans les meilleures conditions pour un coup de coeur littéraire ! Cela étant, j'en garde tout de même un bon souvenir, notamment de la nouvelle où l'estomac d'un pauvre bougre est mis à rude épreuve par les joutes culinaires entre sa femme et sa mère !
C'est donc avec un brin d'appréhension et beaucoup d'espoir que j'ai sorti de ma PAL ce recueil qui y végétait depuis plus de deux ans et... ce fut un régal ! Comme déjà dit plus haut, ces récits sont drôles, d'un humour parfois grinçant, ils nous présentent une Inde quelque peu désuète (il n'y a pas foultitude d'éléments de datation mais je pense que ces nouvelles se situent durant la première moitié du XXè siècle) mais savoureuse, où la place des femmes n'est pas des plus confortable mais elles savent sortir leur épingle du jeu au moment propice ! ;-)
Dans Le pèlerinage de Mayadevi, une matrone de 75 ans décide d'aller voir son fils à Londres, quitte à se rendre impure au contact de tous ces étrangers, elle se purifiera dans le Gange à son retour...
"Elle les gratifia d'un doux sourire qu'ils ne lui connaissaient pas et disparut, happée par la porte de la zone de sécurité. Les fils n'étaient pas inquiets pour leur vieille mère. Ils se demandaient seulement si l'Angleterre aurait la force de la supporter." (Picquier poche - p.17).
C'est une très jolie nouvelle sur la famille dispersée et l'acceptation des "pièces rapportées" de culture différente au sein d'une famille...
Dans L'atterrissage à Bishtupur, nous sommes en 1939. Neelima toute jeune mariée, tombe sur son beau-frère à sa descente de bateau. Sacrilège ! Comment a-t-elle pu le toucher ? Tous deux vont devoir faire pénitence et seront privés de nourriture. Voilà un récit assez drôle, empreint de tradition et où l'auteur s'amuse à nous rappeler que la réalisation de tous ses désirs n'engendre pas toujours que du plaisir... ;-)
Les tantes et leurs maux est une nouvelle cocasse qui s'interroge sur la place des femmes dans la société, les veuves en particulier, et qui démontre que les préjugés font long feu devant le plaisir de converser.
"Vous êtes veuve, non? demanda-t-elle avec douceur à la passagère, comme pour engager simplement la conversation.
- Oui. Mon mari était médecin militaire. Il est mort il y a dix ans. Je vais à Raipur voir mon fils. Il est lui aussi docteur, pathologiste", répondit-elle, impatiente d'établir enfin le lien de camaraderie indispensable lors d'un long voyage en train. [...]
"- Et vous mangez du poulet? Ah bon? C'est bizarre, remarqua la cadette des tantes, assise à l'opposé.
- Et pourquoi cela ? demanda courageusement la dame.
- Mais où va le monde ! s'indigna Boromashi. Bientôt les veuves porteront des pantalons, du rouge à lèvres et des chaussures à talons.
- Et peut-être qu'elles iront danser comme des memsahibs !" cria la benjamine, secouée par un rire mauvais." (Picquier poche - p.68-69).
Dans Une très jeune mariée, Mini, 7 ans, découvre sa belle-famille et son tout aussi jeune mari ! Au-delà du scandale du mariage entre enfants, ce récit, très drôle et léger, pointe du doigt le sort des veuves en Inde, quel que soit leur âge !
Les premières vacances de R.C ou comment toute une vie de rigueur et d'organisation part en fumée lorsqu'un grain de sable s'insère dans les rouages d'une préparation minutieuse nous fait passer un bon moment.
Jusqu'à Simla en tonga est une nouvelle quelque peu différente dans la mesure où elle évoque la lutte pour l'indépendance de l'Inde et le rôle de station balnéaire pour colons qu'avait la ville de Simla. Une nouvelle intéressante, bien que moins légère que les autres.
Dans Une trop grande épouse, l'auteur nous apprend que les hommes détestent vivre dans l'ombre de leur femme et, ceci, quelle que soit leur taille... Ce récit est également un très beau voyage au coeur du repentir avec des compagnes de voyage qui nous rappellent que les apparences peuvent être bien trompeuses parfois...
"Que Rupbala, à l’âge de trente-quatre ans, accomplisse un pèlerinage jusqu’à la cité de Badrinath, avait été prévu par les dieux bien avant sa naissance. Tout avait commencé quand les gènes d’un ancêtre amazonien, endormis depuis des centaines d’années, s'étaient soudain réveillés en elle et avaient fait de Rupbala une femme d'un mètre soixante-quinze. Une taille inhabituelle qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire, mais qui fit d’elle l’ennemie numéro un de son mari d’un mètre soixante dès l’instant où il posa les yeux sur elle. Ce n'était pas qu'elle fût particulièrement laide ou désagréable à regarder- ce qui aurait peut-être expliqué la haine que lui portait son époux -, elle était même plutôt jolie, avec de grands yeux de biche et de longs cheveux brillants qui lui tombaient dans le dos en cascade. Sa seule faute, considérée comme impardonnable par l’homme en question, était de mesurer quinze bons centimètres de plus que lui. Si elle ne l’avait dépassé que de trois ou quatre centimètres, les choses auraient sans doute été plus simples. Il aurait pu lui dire de ne pas se mettre à côté de lui, de se baisser un peu quand ils marchaient non loin l’un de l'autre, et leur vie commune aurait ainsi pu être différente; Rupbala aurait fait le pèlerinage jusqu’à Badrinath après avoir vécu une vraie vie, à l’âge de soixante-dix ans, peut-être même plus tard. Mais ces quinze centimètres, qui la faisaient dominer son mari, tout en écrasant l'amour-propre de celui-ci, réduisirent en miettes la vie de Rupbala." (Picquier poche - p.195-196).
La vie dans un palais est également une belle histoire, où les personnages, variés, nous font découvrir un autre pan de l'Inde.
A découvrir ! ;-)
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D'autres avis : Agnès, Catherine, Keisha, Mango, Sabbio et Soie.















