Plaine_bi
Editions : Philippe Picquier - Traduction : du chinois par Claude PAYEN -
Titre original : Biteui Jeguk - Nombre de pages : 476

4ème de couverture :
Après deux ans d'absence, le jeune Duan Fang rentre au Village des Wang. Au fil des saisons, nous allons le suivre dans sa redécouverte de la vie aux champs, l'ardent amour qu'il porte à une jeune fille qui ne lui est pas destinée, sa lutte pour échapper à un destin tout tracé.

Dans le Village des Wang, toutes les hiérarchies ont été bouleversées par le passage de la Révolution culturelle, et le notable d'avant est le proscrit d'aujourd'hui. Bi Feiyu s'attache à une multitude de personnages hauts en couleur, comme ce «médecin aux pieds nus» qui fabrique en secret du soda dans ses flacons de sérum physiologique ; Vieux Harpon, poursuivi par le fantôme du riche propriétaire terrien dont il a récupéré la maison ; Monsieur Gu, un «droitiste» converti qui déchiffre le monde à l'aune de l'oeuvre de Karl Marx ; ou la belle Manling, une «jeune instruite» envoyée se former chez les paysans et devenue la très zélée secrétaire du Parti, éperdument amoureuse de Duan Fang.

En ces temps où règne un bouleversement carnavalesque des valeurs, les mêmes moteurs guident toujours les actions humaines, désir de pouvoir, de possession, d'amour, de vivre ses rêves les plus secrets, tandis que, immuable, se déroule le cycle des saisons, le passage de l'orge mûre à couper au vent du nord-est qui apporte la neige, jusqu'au renouveau du printemps suivant.

 

Mon avis :
"Qu'était-ce donc que le temps ? Qui l'avait inventé ? Les années, les mois, les jours n'avaient pas de fin. Ils l'encerclaient. Le temps était une mer immense, une mer sans rivage, une mer sans eau, une mer vide, encore plus vide que le ciel. Il fallait remplir ce vide avec sa vie, avec tous les jours qui passaient. Pourquoi y avait-il vingt-quatre heures dans une journée ? C'était beaucoup trop. La journée passait trop lentement." (Philippe Picquier - p.321-322) A l'image du jeune Duan Fang qui s'ennuie à garder les cochons dans le petit village des Wang, je me suis beaucoup ennuyée à la lecture de ce livre (que j'ai tout de même réussi à terminer)...

Cependant, résumer ce roman à mon seul ennui ne serait pas juste car il est loin d'être inintéressant, au contraire même ! En effet, Bi Feiyu décrit une année de la vie d'un petit village de Chine dans les années 70 nous donnant ainsi une vision assez complète et précise des conditions de vie lors de révolution culturelle dans ce pays : travaux des champs (orge en été, riz en automne), "rééducation" des instruits par le travail à la campagne, hiérarchisation de la société où hommes et femmes ont chacun une place et où un mariage ne peut être conclu qu'entre personnes du même rang, persistance des croyances et des religions malgré l'interdiction du pouvoir en place et l'Etat, omniprésent, omniscient : contrôlant tout !

sol_orgeAlors, avec un tel programme et sachant que le style de l'auteur est très fluide, les phrases courtes, parfois crues mais pas de façon gênante, pourquoi n'ai-je pas réussi à adhérer au récit ?
Tout simplement parce que ces lignes sont empruntent de beaucoup trop de langueur et que trop de descriptions "politico-sociales" en gâchent la lecture ! Pour exemple, un des personnages, marxiste, reconnaissant en Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong ses maîtres, apprend par coeur leurs écrits et nous fait subir leurs théories sur plusieurs pages !
De plus, l'occidentale "occidentalisée à outrance" que je suis a eu beaucoup de mal à adhérer à l'acceptation tranquille des habitants de ce village aux contraintes de la vie, aux contraintes de l'état communiste souverain, à la pénibilité du travail, à la participation aux tâches communes, au détriment même des talents de chacun... le seul recours, la seule échappatoire (et encore, uniquement pour les jeunes hommes) est d'entrer dans l'armée ! Quel avenir !! J'imagine sans peine que cette époque n'était pas aisée et que l'acceptation était la seule alternative mais, tout de même, aucun personnage ne montre un semblant de rébellion (à part dans la pratique des religions interdites)... à croire que la propagande avait fonctionné à merveille et endormi l'ensemble de ce village... Un peu plus d'action m'aurait ravie... ;-)

Morceau choisi :
"Le congé pour travaux agricoles était terminé. La terre avait troqué sa parure dorée pour une parure verte flambant neuve. L'orge avait éte coupée, battue, et séchée. Elle allait partir pour l'"Etat". Les paysans ne savaient ni ce qu'était l'"Etat", ni où il se trouvait. Ils savaient seulement qu'il était grand, omniprésent et avait toujours existé.
Ils étaient incapables d'imaginer à quoi il ressemblait mais la tradition orale l'ornait d'une mystérieuse auréole. Les paysans étaient toutefois sûrs d'une chose : l'Etat était l'endroit où aboutissait tout ce qu'ils avaient produit : l'orge, le riz, le soja, les graines de légumes, le coton, le maïs et les autres céréales."
(Philippe Picquier - p.31)

Je ne le recommande pas mais je lui reconnais un intérêt certain pour la découverte de la Chine... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Challenge du 1% littéraire : 6/7    challenge_du_1_litteraire_2009