Hazra
Editions : Le Cherche Midi - Titre original : The Bioscope Man -
Traduction : de l'anglais (Inde) par Marc AMFREVILLE - Nombre de pages : 365

4ème de couverture :
Calcutta, 1906. La mégapole bengalie, agitée de fortes fièvres nationalistes, est sur le point d'être remplacée, en tant que capitale du Raj britannique, par New Delhi. Dans la famille Chatterjee, le père, Tarini, travaille aux chemins de fer, jusqu'à ce qu'une gaffe mémorable signe le début de sa déchéance, morale et alcoolique. Son fils Abani, 16 ans, est introduit par son oncle Shombhu dans un monde enchanté : les coulisses du théâtre puis du cinéma bengali, débutant et muet, "le bioscope". D'abord projectionniste, souffleur puis acteur remplaçant, Abani va vite devenir une star. Amoureux platonique de la belle Felicia Miller, alias Durga Devi, sa partenaire, il mène grand train, roule en Ford T, et tourne quelques chefs d'oeuvre. Jusqu'à ce que Felicia-Durga s'en aille et qu'une gaffe lui fasse connaitre à son tour l'oubli.
Mais, après quatre ans de traversée du désert, un ami lui offre de travailler avec Fritz Lang, venu tourner à Calcutta Le savant hindou. Finalement, le film ne se fera pas, Lang repartant chez lui tourner Metropolis. Abani, qui fut "le roi du cinéma muet", "le Rudolf Valentino indien" est retourné à l'anonymat.

Indrajit Hazra a construit, avec son humour et sa virtuosité coutumiers, un roman d'une folle ambition, d'une totale originalité et d'une exceptionnelle qualité littéraire.

Mon avis :
"Oublier est la clé de tout. Et quoi de plus satisfaisant qu'oublier qui on est ?" (Le cherche midi - p.111) L'oubli, c'est ce qui semble rester d'Abani Chatterjee après tant d'années; pourtant, l'espace de quelques 365 pages Abani Chatterjee se souvient et se transforme en narrateur talentueux et désabusé pour nous raconter sa vie. Après une enfance assez quelconque avec un père devenu alcoolique à la suite d'une gaffe et une mère clouée au lit après une chute dans la salle de bain, Abani se retrouve plongé dans le milieu du bioscope. Fasciné par le milieu du cinéma "Le bioscope m’avait attrapé par la peau du cou bien avant que je me sois mis à m’y intéresser. Né la même année que ce procédé cinématographique, je l’avais toujours considéré comme une espèce de jumeau ce qui n’allait pas sans un certain sentiment de rivalité." (Le cherche midi - p.61), il deviendra très vite populaire mais retombera tout aussi rapidement dans l'oubli...

Autant le dire tout de suite, j'ai trouvé l'histoire de cet acteur oublié assez peu passionnante et fort monotone malgré le côté totalement rocambolesque des gaffes du père et du fils Chatterjee... Le manque d'action et de rebondissement m'a ainsi quelque fois fait frôler l'ennui...
Frôler seulement car le contexte de l'histoire est, lui, passionnant : la naissance du cinéma muet en Inde. Et, en effet, j'ai beaucoup appris de cette lecture (je ne connaissais d'ailleurs même pas le mot "bioscope" avant cette lecture) et, surtout, cela m'a donné une image moins caricaturée et plus vivante du cinéma muet, cinéma qui, pour moi, se résumait à des mimiques exagérées des acteurs entrecoupées de textes fort laconiques qui n'expliquaient rien du tout. Et, surprise, il n'en est rien : les acteurs jouent réellement et "deviennent" leurs personnages le temps d'un film et ce n'est pas parce qu'ils ne parlent pas qu'ils en sont moins vivants pour autant.
De même, le contexte historique est assez intéressant avec le transfert de la capitale à Dehli et la montée des mouvements anticolonialistes, le cinéma devenant un outil de propagande pour les partisans de l’indépendance permettant de contourner assez habilement et avec finesse la censure exercée par l'occupant britannique...

Par ailleurs, j'ai trouvé la construction du roman assez originale : on a parfois l'impression de "lire" un film car le récit est entrecoupé d'entractes figurant des scénarios de films dans lesquels Abani a été acteur : un joli clin d'oeil...

Morceau choisi :
"Un signe clair qu'on est devenu adulte est que les nouvelles s'accueillent calmement, sur un mode feutré. Si elles sont mauvaises, c'est un peu comme une clé anglaise qui tombe dans un lac, non sans remous, certes, mais sans la brutalité d'une chute sur le carrelage. Quant aux joies, l'âge aussi les tempère, les édulcore comme un alcool fort transformé en grog domestique." (Le cherche midi - p.226).

Un auteur à découvrir mais peut-être avec un autre livre... ;-)

 

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autres avis : Amanda, Ankya, Leiloona et BoB.

Pour prolonger le voyage dans le cinéma indien ...
Shree_420La couverture du livre, que je trouve très belle, est tirée du film Shree 420 ("Monsieur 420" ou "Monsieur l’escroc", le numéro 420 faisant référence dans le code pénal indien à tout ce qui se rapporte à l’escroquerie), très beau film du cinéma indien que je vous recommande vivement (enfin, il faut tout de même apprécier les "vieux" films).

Un petit mot sur l'histoire : Raj, jeune homme naïf et sympathique, arrive à Bombay pour y chercher du travail : il se heurtera à la dure réalité de la vie, tiraillé entre la douce Vidya (Nargis) qu'il aime, et la vamp Maya (Nadira)...

Réalisateur, producteur : Raj Kapoor
Année : 1955
Interprètes : Nargis (Vidya), Raj Kapoor (Raj), Nadira (Maya), Nemo (Seth Sonachand Dharmanand), Lalita Pawar (Ganga Mai), M.Kumar
Durée : 177 minutes

Un petit extrait  avec "la" chanson du film : Mera Joota hai Japani (Mes chaussures sont japonaises).