TolstoiÉditions : Le Livre de Poche -
Traductions : du russe par Michel-R. de HOFMANN (pour La Mort d'Ivan Illitch),
Boris de SHOELZER (pour Maître et Serviteur)
et BIENSTOCK (pour Trois Morts) -
Nombre de pages: 197

4ème de couverture :
Trois nouvelles, six morts exemplaires, dont celle d'Ivan Illitch - l'agonie la plus célèbre de la littérature.
La mort, la vie et son mensonge - soit qu'au dernier moment on s'accroche encore à ce mensonge, comme la vieille dame (Trois morts), soit qu'on s'en dépouille enfin, comme Ivan Illitch, soit qu'on meure, comme l'arbre, "paisiblement, honnêtement, en beauté".
"A la grâce de Dieu. Nous y passerons tous un jour !"

Mon avis :
J'ai découvert Léon Tolstoï avec Anna Karénine dont je garde un excellent souvenir de lecture... Aussi, rien d'étonnant à ce que j'ai eu envie de découvrir un peu plus cet auteur. Je me suis donc décidée pour des nouvelles cette fois-ci, genre que j'apprécie tout particulièrement...
Et le charme a à nouveau opéré, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ces trois récits... Ce n'est pas tant les histoires qui m'ont impressionnée que la façon dont la mort est mise face à nous : Léon Tolstoï nous invite à la regarder en face, sans faux-semblant. Et la confrontation avec cette faucheuse qui ne fait aucune distinction entre les classes sociales, ne s’embarrasse d’aucune règle et frappe sans prévenir est brutale !

Dans La Mort d'Ivan Illitch, Ivan Illitch est conseiller à la cour d'appel. Il mène une vie d'honnête somme toute homme assez banale et recherche la tranquillité. Fort égoïste, soucieux de son propre plaisir, il n'a même pas conscience d'avoir grandement contribué, de part son comportement, à la transformation de sa femme en mégère acariâtre ! D'ailleurs, sa famille l'ennuie et, pour lui échapper, il se réfugie dans le travail et les parties de cartes entre amis. Un jour, il ressent un malaise qui l'inquiète : il souffre, mais de quoi ? Les médecins sont étrangement silencieux sur le mal qui le ronge et Ivan Illitch a peur. La maladie progresse lentement et le mourant s'interroge sur sa vie, sa famille mais surtout sur sa fin prochaine qu'il sait inéluctable... et son agonie n'en finit pas ! Aussi, lorsque la mort le délivrera enfin, comment ne pas en être soulagé ?
Des amis proches ? "Sans compter toutes les possibilités d'avancement, de mutation, de changement, etc., résultant du décès d'Ivan Illitch, chacun des ses amis se réjouissaient, comme il se doit, de cette mort, en songeant : "Quelle chance que ce soit lui et pas moi !"
"Il a soufflé sa chandelle, hein ! Et moi, je vis toujours !" constatait-on avec satisfaction.
Les proches connaissances, c'est-à-dire les prétendus amis du défunt, pensaient en outre - et sans aucune joie - à toutes les assommantes formalités mondaines dont ils allaient être obligés de s'acquitter, depuis la messe pour le repos de l'âme d'Ivan Illitch jusqu'à la visite de condoléances chez la veuve."
(Le Livre de Poche - p.5)
 
Russie_neigeDans Maître et serviteur, règnent le blanc aveuglant de la neige et le froid implacable de l'hiver russe !
Vassili Andréitch est un riche marchand qui souhaite se rendre à Goriatchkino pour négocier l’achat d’une forêt qu’il convoite. Sur l'insistance de sa femme, il emmène avec lui son serviteur, Nikita... Les deux hommes, partis le coeur léger dans le froid matin d'hiver, doivent affronter un paysage immaculé et une neige de plus en plus dense où il est aisé de se perdre... et c'est d'ailleurs ce qui leur arrive! Heureusement, ils trouvent sur leur chemin un village très hospitalier où l'accueil chaleureux des habitants les réconforte... Mais Vassili, obstiné, aveuglé par l'appât du gain et ne pensant qu'à son futur achat, veut absolument reprendre la route malgré la neige et la nuit qui approche. Et, cette fois-ci, ils n'auront pas autant de chance !
Tout d'abord égoïste et sans coeur vis-à-vis de son serviteur Nikita (il l'abandonne tout de même sans aucune pitié dans le froid et la neige), Vassili, au soir de sa vie, se montrera d'une étonnante humanité...
Attention à bien vous couvrir... au risque de prendre froid... ;-) "Ils suivirent la même route que tantôt; ils repassèrent devant la cour où claquait au vent le linge gelé qu'on ne distinguait plus, devant la grange presque complètement ensevelie maintenant sous la neige, devant les mêmes virgulaires qui, se courbant sous les rafales, gémissaient et sifflaient lugubrement; et ils plongèrent de nouveau dans une mer en furie dont les vagues neigeuses les assaillirent de partout." (Le Livre de Poche - p.129)

Dans Trois morts, Léon Tolstoï nous raconte trois morts bien différentes qui s'entrecroisent sans que les différents protagonistes en aient même conscience...
" "Sérioja, prends les bottes", dit-il en suffoquant; puis se reposant un peu : "Seulement, écoute, achète une pierre tombale, quand je mourrai, ajouta-t-il en grommelant.
- Merci, l’oncle; alors, je les prends, et la pierre, je te jure que je l’achèterai."
(Le Livre de Poche - p.177-178)

A découvrir... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30